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Vache

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I - Titres des films

Titre original Réalisation Scénario Année Pays Durée

II - Autres titres de films

Titre Titre original Réalisation Scénario Année Pays Durée
Andreï Roublev Andrei Rublyov Tarkovski Andreï Tarkovski A.
Konchalovsky A.
1969 URSS 215'
Mathilde
§. V. sur un toit
(Voir détail : Mathilde) Mimica Nina Mimica Nina 2004 Italie, Espagne, Angleterre, Allemagne 97'

III – Photogramme d'extrait de film.

III – 1. « La vache en feu » dans Andreï Roublev, d'Andreï Tarkovski.

Au 6ème épisode : La Passion selon André. L’Invasion. 1408. C’est le début du sac de Vladimir. La caméra pivote à droite, et du coin gauche presque sombre de l'écran surgit, comble du désespoir, une vache qui prend feu. La bête brûlante et vivante se met à gesticuler dans tous les sens, (Cf. Photogramme – Vache 1) une femme âgée, dans un état extrême d'agitation, appelle à l'aide. Elle tente en vain de sauver la bête. Elle est aussitôt tuée par une lance envoyée par un tatar (plan 213-30).

 Andreï Tarkovski, Andreï Roublev. Photogramme vache 1, plan 212b Photogramme Vache 1 :
Andreï Roublev
Plan 212b.
La vache en feu.

Par son aspect unique et inhabituel, la figure de la vache en feu, suivie par une femme dans tous ses états, est en quelque sorte, le quatrième symbole successif ou la quatrième variation emblématique de la Russie de l'époque. Ici, la femme représente "la mère de la Russie".

Cependant, le plan de la vache dit encore plus qu'il ne propose. La présence d'un animal en feu dans un film, ne peut que nous mettre mal à l'aise, comme c'est le cas pour la queue de l'âne dans Au hasard Balthasar de Robert Bresson.

Par ailleurs, le peuple tatar est un peuple nomade. La plupart des Tatars font partie d'un peuple de voyageurs : (…) "L'administration de l'empire Mongol instauré par Gengis, est avant tout une organisation guerrière. L'état nomade est un état en marche." [1] "Ils se servirent de leur habileté équestre pour développer une sorte de "relais de poste" qui permettent à un petit groupe d'hommes de contrôler un vaste territoire." [2] Précédemment, nous avons développé certains aspects de la valeur du cheval. Nous avons également vu le chef tatar dépasser à cheval le prince. [3] De plus, au plan 228, le chef tatar pose majestueusement sur la croupe de son cheval une belle cape blanche. Ce qui prend toute sa signification, lorsque l'on se souvient de la cape dans le film (plan 100, la cape du Christ, plan 121, 122 la cape de Roublev). Nous avons ainsi, une considération supplémentaire, qui va peut-être, altérer les deux premières. En bref, le cheval acquiert une place privilégiée pour le peuple tatar. Nous verrons encore souvent le cheval noir. Alors que nous ne verrons la vache qu'une seule fois dans le film, et, en plus, elle est en feu. Si pour les Tatars le cheval a une valeur fondatrice et nourricière, la vache en revanche n'a pas les valeurs éclatantes du cheval. Au contraire, c'est presque l'inverse chez les Russes où la vache avait certainement plus de valeur, ne serais ce qu'à cause de sa rareté. Nous n'avons pas vu de troupeaux de vache. Et lors de la mise en place de la cloche, au bout des dizaines de cordes utilisées pour soulever la cloche, il n'y avait que des hommes : pas de vaches, ni de bœufs, ni de chevaux pour effectuer cette gigantesque besogne. Mais, peut-être, devrions-nous y voir un glissement symbolique, comme d'ailleurs le plan 212 le propose, car en frappant au cœur de la vieille femme, affolée par la vache en feu, c'est sur le cœur de la mère Russie que les Tatars dirigent leurs coups. D'une façon générale : (…) "La vache productrice de lait, est le symbole de la terre nourricière, en vertu du lait (et de ses dérivés, beurre, crème, fromage) qu'elle produit, la vache est symbole d'abondance et de fécondité." [4] Par ailleurs, ce qui est troublant dans l'image de la vache en feu, c'est qu'elle rejoint la mythologie égyptienne : (…) "La vache "Ahet" est l'origine de la manifestation, la mère du soleil. (…) L'amulette "Ahat", représentant la tête de vache sacrée, portait du reste le disque solaire entre ses cornes et était utilisé pour émettre de la chaleur dans les corps momifiés. Cette coutume venait de la croyance selon laquelle, lorsque le soleil "Rê" s'était couché pour la première fois à l'horizon, la déesse vache avait envoyé des êtres de feu le secourir jusqu'au matin, afin qu'il ne perde pas sa chaleur." [5]

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[1] Heller, op. cit., p. 84.
[2] Atlas historique de la Russie, op. cit., p. 28. Cf. également, Le cheval en Eurasie : pratiques quotidiennes et déploiements mythologiques, Editions l'Harmattan, Paris, 1999. Michel Jan, Le réveil des Tartares : en Mongolie sur les traces de Guillaume de Rubrouck, Editions Payot - Rivages, Paris, 1998.
[3] Cf. Plans 191-194.
[4]Chevalier/Gherrbrant, Dictionnaire des Symboles, op. cit., p.988.
[5] Jean Marques-Rivière, Amulettes, talisman et pentacles dans les traditions orientales et occidentales, préface de Paul Masson-Oursel, 1938, Paris, p.79.

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Végétal

Voir : Arbre - Bûche - Buisson - Cendre - Couronne - Épluchure - Oignon - Paille -

I - Autres titres de films

Titre Titre original Réalisation Scénario Année Pays Durée
Nom de la Rose (Le) Der Name der Rose Annaud Jean-Jacques Birkin A., Brach G., Franklin H., Godard A. œuvre de Eco Umberto. 1986 Allemagne, France, Italie 131'
Fille du botaniste (La) Fille du botaniste (La) Sijie Dai Sijie Dai,
Perront Nadine
2006 France 97

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Vélo

Voir : Bicyclette

I - Titres des films

Titre original Réalisation Scénario Année Pays Durée

II - Autres titres de films

Titre Titre original Réalisation Scénario Année Pays Durée
Nostalghia (Voir détail : Nostalghia) Tarkovski Andreï Tarkovski A.
Guerra T.
1983 URSS
Italie
130'

III – Photogramme d'extrait de film.

III – 1. Nostalghia,d’Andreï Tarkovski

III – 1. 1. Le Vélo de « La Maison de la fin du monde »

Plan 41a: 39' 23" : A Bagno-Vignoni, quand le couple rencontre "le Fou", celui-ci pédale sur un vélo en restant sur place. L'image suggère soit l'homme qui reste sur place, soit l'arrivée de l'homme (et la suite de l'effort). Il refuse de les voir. (Nous entendons un premier coup de tonnerre). Le Poète insiste auprès de la Traductrice (41c). Elle retourne voir "le Fou". Ce dernier ne cède pas, il ne veut pas les voir (second coup de tonnerre) (41d). La Traductrice a une querelle avec le Poète, elle se fâche, elle décide de rentrer à Rome : "Le voyage est fini." (41 e). Le Poète se dirige vers "le Fou" qui pédale sur son "monovélo" ; il s'adosse à un mur et lui parle :
_ Le Poète : " Je crois savoir pourquoi tu fais cela à ta famille."
_ Le Fou : " Le vélo !"
_ Le Poète : " Non, ta famille."

Il faut souligner les subtiles ramifications et l'agencement significatif des séquences cinématographiques depuis la réunion de ces deux personnages énigmatiques. Tout d'abord, "le Fou" pédalant sur place. Les deux roues du vélo renvoient à nos deux personnages, qui restent sur place. Plus précisément, la roue arrière, comme un soleil, tourne vivement. La roue avant reste immuablement sur place, nous voyons clairement ses "rayons". Le plan 41f est en fait une cruelle image nostalgique de deux nostalgies différentes : une nostalgie "cosmique", celle du "Fou" ; une nostalgie "natale", celle du Poète. Nous le verrons plus loin, presque à la fin du film, lors de la traversée de la piscine de sainte Catherine par le Poète. Au plan 106, une roue de vélo, rouillée, posée contre un muret de la piscine. (Cf. Plan 106 b.) Les rayons métalliques des roues sont à rapprocher des rayons éthérés de la bougie, qui à leur tour renvoient à la cigarette, ayant comme analogie la combustion.

III – 1. 2. Passages et messages

Plan 98 : 1h 31' 31" : Le Poète est devant le parvis d'un grand hôtel romain. Il vérifie ses sacs de voyage.

Plan 102 : 1h 25' 48" : Retour au Poète. Il change son projet, celui de rentrer à "la maison". Il demande au taxi de le conduire à Bagno-Vignoni.
Il allume une cigarette, qu'il rejette aussitôt, en posant la main sur le cœur, comme s'il souffrait. [1]

Le message du Fou.

Plan 103 : 1h 38' 18" : Rome. Dans une place publique, nous entendons d'abord, en voix-off, le "Fou" discourir. L'auditoire est peu nombreux, les gens sont éparpillés, les uns sont loin des autres. Plan général d'un escalier monumental, les gens sont disposés en diagonale. (Voir : Escalier, plan 103 b.)

Retour à Bagno-Vignoni :

Plan 105 : 1h 41' 04" : Le Poète revient devant la piscine mystérieuse de sainte Catherine. Des agents communaux vidangent la piscine (plan 106). Un agent dispose sur le bord de la piscine des objets hétéroclites : une roue de vélo rouillée, une poupée en plastique, (Cf. Photogramme – Vélo 1.) une lampe à pétrole, des bouteilles, des pièces de monnaies, etc. Zoom arrière dévoilant un grande partie de la piscine à sec, au milieu : un vélo avec une seule roue. [2] (Cf. Photogramme – Vélo 2.)

Andreï Tarkovski, Nostalghia. Photogramme Vélo 1. Plan 106a Photogramme Vélo 1 :
Nostalghia,
plan 106a.

 

Andreï Tarkovski, Nostalghia. Photogramme Vélo 2. Plan 106b Photogramme Vélo 2 :
Nostalghia,
Plan 106b.
Au premier plan une partie d'une roue à vélo. Au centre de la piscine un vélo sans la roue avant.

Retour à Rome :

Plan 108 : 1h 43' 35" : Plan rapproché sur le "Fou à cheval". Il continue à discourir. Plan d'ensemble du "Fou" en feu, et de la curieuse assemblée (115). La Traductrice arrive aux pieds d'un escalier monumental (116). "Le Fou", en feu, descend (en off) de l'échafaudage, et vient mourir en croix aux pieds des gens (118).

Bagno-Vignoni : La traversée de la piscine de Sainte Catherine.

Plan 119 : 1h 48' 18" : Le Poète allume la petite bougie, celle que du "Fou" lui a donnée. Ce n'est qu'à la troisième tentative qu'il réussit à avancer, sans que la bougie s'éteigne. Il arrive enfin au bord opposé de la piscine, il est extrêmement épuisé, il s'agrippe à un petit escalier métallique. (119i) Il réussit à fixer la bougie sur le bord de la piscine. Il pousse un petit cri, et s'effondre. (119 j)

Plan 121 : 1h 57' 06" : Gros plan de la bougie allumée.

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[1] C'est grâce à ce plan ( et au plan 27d.) que le cinéaste montre les problèmes de santé du Poète. Il est cardiaque et mourra au bout de sa mission.
[2] Cf. F. Cesarman qui écrit à propos de la bicyclette dans El de Luis Buñuel : (…) "(Francisco) se réfugie auprès de son majordome qu'il trouve entouré de morceaux de bicyclette qui symbolisent la fragmentation de ses pensées…" op. cit., p. 127.

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III - 1. 2. Liens spécifiques du film

Voir : Nostalghia

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Vent

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I - Titres des films

Titre original Réalisation Scénario Année Pays Durée

II - Autres titres de films

Titre Titre original Réalisation Scénario Année Pays Durée
Autant en emporte le vent Gone by the Wind Fleming Victor Howard S. 1939 USA 222'
Miroir (Le) (Voir détail : Zerkalo) Tarkovski Andreï Tarkovski A.
Micharine A.
Et poèmes d'Arseni Tarkovski.
1975 URSS 106'

III – Photogramme d'extrait de film.

III – 1. Le Miroir, d’Andreï Tarkovski.

Plan 8 : 06' 28" : Maroussia est assise sur la clôture.

Plan 9 : 06' 41" : En contre champ, et du fond de l'arrière plan, nous commençons à distinguer un point noir qui ne cesse de grossir : c'est un homme sombrement habillé, comme si celui-ci allait annoncer une situation sombre. Il s'approche de Maroussia, et il lui demande la route de Tomchino. Il engage la conversation. [1] Il lui demande une cigarette.

Plan 11 : 08' 12" : L'homme jette sa trousse et veut s'asseoir sur la clôture, sans aucune gêne, près de Maroussia. Tout à coup, la clôture cède sous leur poids, et elle se casse, dans un bruit sec. Tous les deux se retrouvent au sol. Nous pouvons supposer que la scène de la clôture qui se casse sous le poids conjugué de Maroussia et du médecin-passant, comme étant une situation de consommation d'un acte transgresseur. Les barrières s'effondrent. Il y a désordre dans la limite des normes établies. Au :

Plan 12 : 10' 04" : Le médecin prend congé, et sur le chemin du retour, à un moment donné, un vent souffle, les buissons s'agitent et s'animent. Il s'arrête et se retourne vers Maroussia. Le souffle du vent se dirige en vagues successives vers le premier plan, vers Maroussia. Tarkovski précise que la scène de la rencontre entre l'héroïne et l'inconnu, (…) "a paru exiger, à l'instant du départ de ce dernier, une sorte de lien pour unir ces deux personnages qui semblaient s'être rencontrés par hasard. Si, en partant, il s'était retourné pour jeter un regard expressif à l'héroïne, tout serait devenu linéaire et faux. C'est alors que nous est venue l'idée du coup de vent dans le champ, dont la soudaineté surprenait l'inconnu et l'amenait à se retourner…"[2] Ainsi, ce "coup de vent sur les buissons" (plan 12), devient une image-symbole dans le corps du film, une image-totalisante qui débordera de son cadre pour s'installer dans le domaine du sacré et du religieux : "le Buisson ardent". C'est, en quelque sorte, l'aboutissement constant des conclusions du réalisateur comme nous le verrons avec Stalker et Nostalghia, et comme nous le voyons ici. La totalité déborde et est ancrée dans le sacré. Pour Tarkovski tous les chemins doivent mener au sacré. Au festival de Cannes 1983, lors d'un entretien télévisé accordé à Antenne 2, Andreï Tarkovski, situait le mal moderne : (…) "L'abîme entre le progrès matériel et l'absence ou l'indigence de la vie spirituelle de l'homme contemporain." "C'est dans ce manque que vient s'inscrire l'utilisation qu'il fait du septième art comme regard initiatique, explorateur de l'invisible. Donner à deviner et sentir, suggérer l'impalpable présence de l'Etre, de Dieu…"[3] Ainsi, le sens du "sacré" doit être nuancé, il ne s'agit pas d'une ferveur aveugle, et d'une foi hermétique, coupée du monde, mais, bien au contraire, d'une communion avec l'univers, comme il le dit, dans sa "totalité". Par ailleurs, le 2ème indice, qui nous dévoile le lien naissant et invisible qui unit Maroussia à l'inconnu, est un court poème récité en voix-off : "Chaque instant de nos rendez-vous / Était épiphanie pour nous / Nous deux, seuls sur la terre, / Hardie et plus qu'une aile d'oiseau légère, / Tu dévalais les marches comme un vertige."

Plan 15 : 11' 00" : Plan général de la datcha avec la fenêtre ouverte par laquelle un livre s'envole et tombe vers l'extérieur. C'est comme un second rappel du coup de vent qui a soufflé. C'est aussi un fait qui a une résonance sur l'épisode de l'imprimerie. Le poème continue, il devient de plus en plus suggestif sur l'existence d'un lien intime et affectif qui lie le couple :" Tu m'emmenais dans tes états / De l'autre côté du miroir, / Et quand vint la nuit, / J'ai eu enfin droit à la clémence, / S'ouvrirent les portes du sanctuaire, / et la nudité éclaira les ténèbres / et s'incline doucement."

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[1] _Le passant : " Qu'est-ce que vous faites là ?
_Maroussia : " Je vis ici."
_Le passant : "Où, sur la clôture ? J'ai pris tous les outils, mais j'ai oublié la clé. Vous n'auriez pas un clou ou un tourne-vis ? Pourquoi vous êtes si nerveuse ? Donnez-moi votre main, je suis médecin. (En lui saisissant la main et très ému) Vous me gênez !
_Maroussia : "Faut-il que j'appelle mon mari ?"
_Le passant : " Vous n'avez pas de mari, on ne voit pas d'anneau."
[2] Andreï Tarkovski, Le Temps Scellé, op. cit., p. 105.
[3] France Farago, "La réalité plénière du spirituel, Andreï Roublev", dans Andreï Tarkovski, Etudes cinématographiques, op. cit., p. 25.

III – 1. 2. Liens Spécifiques du film

Voir : Miroir (Le)

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Verre

I - Titres des films

Titre original Réalisation Scénario Année Pays Durée
Clé de Verre (La) The Glass Key Heisler Stuart Latimer J. 1942 USA 85'
Château de Verre (Le) Château de Verre (Le) Clément René Bistolfi G., roman de Baum Vicki 1950 France, Italie 99'
Cœur de Verre Herz aus Glas Herzog Werner Herzog W., roman de Achternbusch H. 1976 Allemagne 98'
Ménagerie de Verre (La) The Glass Menagerie Newman Paul Williams Tennessee 1987 USA 134'

II - Autres titres de films

Titre Titre original Réalisation Scénario Année Pays Durée
Maître (Le)
§. Φω. 12 - Plan 37. Le jeu du verre
(Voir détail : Mistrz) Piotr Trzaskalski Lepianka W.
Trzaskalski P ;
2005 Allemagne
Pologne
117'
Miroir (Le) Zerkalo Tarkovski Andreï Tarkovski A.
Micharine Alex.
Et poèmes d’Arseni Tarkovski
1975 URSS
Italie
106'
Stalker (Voir détail : Stalker) Tarkovski Andreï Tarkovski A.
Strougatski A. et B.
1979 URSS 161'

III – Photogramme d'extrait de film.

III – 1. Le Miroir, d’Andreï Tarkovski

III – 1. 1. Chat noir et verre de lampe à pétrole

Plan 17 : 11' 43" : Plan rapproché sur un chat noir qui lape du lait renversé sur une table de cuisine.

Plan 18 : 13' 08": Plan rapproché sur Maroussia qui pleure. Un homme crie à l'extérieur. Maroussia sort, les enfants restent à table. Elle revient, elle leur dit : "Le feu, mais ne hurlez pas."

Plan 19 : 13' 53" : Plan rapproché sur la table. La caméra est fixe en plongée. Tout à coup, le verre d'une lampe à pétrole vacille, tombe par terre. Le verre sort un instant de l'image en roulant et se stabilise ensuite sans se casser. C'est curieux, qu'il ne se soit pas brisé ! (Cf. Photogramme – Verre de la lampe à pétrole.)

 Andreï Tarkovski, Le Miroir. Photogramme Verre de la lampe à pétrole 1 : plan 19. Photogramme Verre de la lampe à pétrole 1 :
Le Miroir,
Plan 19.
Le verre de la lampe à pétrole qui roule au sol sans se casser. Nous distinguons aussi, confondu avec le fond, le chat noir.

Au moment où tombe le verre de la lampe à pétrole, nous distinguons le chat noir, confondu avec l'obscurité, à peine perceptible, accroupi au coin du banc.

A l'extérieur, au :

Plan 20 : 14' 45" : Maroussia avance vers un puits, elle saisit un seau d'eau suspendu, elle s'asperge le visage, (Cf. Photogramme – Eau 1)et s'assied au bord du puits pour observer le fenil en feu.

 Andreï Tarkovski, Le Miroir. Photogramme Grillage 1 : plan 20.
Photogramme Eau de puits 1 :
Le Miroir,
Plan 20.
La mère qui s'asperge la tête d'eau du puits, avant de s'asseoir et de regarder le feu au fenil.

L'accumulation et la cristallisation dans un temps court, d'un certain nombre d'indices irrationnels, étranges et insolites sont des données significatives pour la cinémancie. Ainsi, si nous reprenons dans l'ordre la suite des indices, nous avons :
- Plan 11 : la clôture s'effondre ;
- Plan 12 : le buisson agité ;
- Plan 15 : le livre qui tombe ;
- Plan 17: le chat noir qui lape le lait renversé ;
- Plan 19a : le verre de la lampe à pétrole qui tombe.

Le dernier indice est un signe complexe. Ne s'agit-il pas d'un signe sexuel ? Un signe hermaphrodite ? D'abord par sa forme : un long tube en verre renflé dans sa partie supérieure. C'est un signe "transparent". Ensuite, il installe une liaison directe avec "Le fenil en feu." C'est d'abord, grâce au mouvement de la caméra au moment où le verre tombe. Nous avons, en effet, un mouvement continu qui s'amorce avec la lampe à pétrole éteinte, avec son verre détaché, et se termine avec le feu gigantesque du fenil. C'est ensuite, une seconde liaison avec le petit appareil de chauffage de l'épisode suivant "le Rêve d'Aliocha", dans lequel le feu, au départ une simple lueur, va jaillir en flamme, pour finalement s'éteindre. Soulignons qu'à ce moment-là, la mère est avec son mari. Et ici, la lampe éteinte qui finit avec le fenil en feu. N'est-on pas en présence d'une métaphore du cheminement du mariage ? Précisons encore que le premier appareil, le verre de la lampe à pétrole, sert à éclairer alors que le second (dans l'épisode suivant) sert à chauffer.

Ainsi, nous nous permettons d'affirmer que l'ensemble de cet épisode est "un montage en chaîne cinémantique". La plupart des objets en question sont des objets quotidiens, qui se trouvent dans n'importe quelle maison de campagne. Mais ici, il faut le dire, l'aspect remarquable du montage nous raconte en quelque sorte l'histoire des protagonistes au travers des objets qui les entourent. La structure et la forme de l'objet déterminent souvent le degré de la situation psychologique d'une personne. Nous l'avons vu avec la clôture qui s'effondre, avec le verre de la lampe à pétrole.

L'épisode commence par Maroussia qui regarde des champs verts, et se termine par l'image de l'héroïne qui contemple un fenil en feu rouge. Notons à ce propos le fait significatif au plan précédent : elle asperge son visage de quelques gouttes d'eau devant l'énorme feu. Dans le premier épisode, l'eau se réduit à quelques gouttes, et le feu est très intense. C'est en fait, toute la "maison" qui brûle, dans son sens psychanalytique, "sa maison", son chez-soi, c'est cela qui brûle. Il est émouvant de voir qu'avec l'étranger le feu est bouleversant, et avec son mari, le feu est discret.

III – 1. 2. Miroir brisé : séquence et conséquence

Au Plan 116, Maroussia se trouve au milieu d'une pièce jonchée sur toute sa surface de débris de verre ou de miroirs brisés et de la neige. Elle saisit un morceau de verre et grâce à un couteau, elle essaye de gratter les bords, "de gratter les limites". ((Cf. Photogramme – Verre 2) Un petit chat noir et blanc circule dans les débris. [1]

 Andreï Tarkovski, Le Miroir. Photogramme Verre 2 : plan 116. Photogramme Verre 2 :
Le Miroir,
Plan 116.
Une image de désolation et d'angoisse, Maroussia, grâce à un couteau, essaye de gratter un morceau de verre.

Plan 117 : 1h 03' 35" : Nous entendons en voix-off le père qui dit : "où sont les enfants ?" [2] Nous l'apercevons durant une courte seconde, il est habillé en soldat, il passe sa main sur ses cheveux. [3]

Plan 118 : 1h 03' 38" : Les enfants sont à l'extérieur. Ici, s'intercalle la seconde référence à la Renaissance italienne. [4]

Cette contradiction (guerre et paix) nous la rencontrons avec la fin et le début de cet épisode court ; car, pour la première fois, nous avons la figure du miroir brisé, cassé, éparpillé. Et, comme nous venons de le dire : il y a une double guerre, l'une extérieure générale, une autre intérieure, particulière. L'une avec des bombes, l'autre avec une arme blanche, un couteau, comme instrument de séparation, instrument tranchant et coupant. Couteau que Maroussia tient dans sa main. (Cf. Photogramme – Verre 2)La question de la ressemblance se poursuit, l'épisode suivant présente la doublure de Maroussia : Natalia.

III – 1. 3. Le mythe du sphinx et l’énigme du coq

Plan 124 : 1h 05' 22": Natalia regarde des photos. Elle discute avec son ex-mari, à propos d'un autre homme que Natalia a rencontré, et qu'elle hésite à épouser : "dois-je l'épouser" demande-t-elle à son ex-mari. La caméra effectue un zoom avant pour se placer devant une fenêtre, par laquelle nous observons Ignat dans une cour, près d'un petit feu. La mère dit : "regarde, notre cher cancre a brûlé quelque chose."

Plan 127 : 1h 12' 36" : Plan en insert du buisson soufflé par le vent. (Plan 12, 3ème représentation de l'insert.)

Plan 128 : 1h 12' 42" : Changement de cadre, retour à la maison de l'enfance, celle du premier épisode "Le fenil en feu". C'est le jour. Klanka (une voisine) monte sur une table pour décrocher la lampe à pétrole. C'est la même table des plans 16 et 17, avec la séquence de la chute du verre de la lampe à pétrole, dont on a vu à plusieurs reprises l'extrême importance.

Plan 129 : 1h 14' 22" : Passage en noir et blanc. Aliocha, enfant de 5 ans, marche autour de la maison. Il appelle "maman". Tout à coup :

Plan 130 : 1h 15' 10" : La vitre d'une fenêtre se casse en deux.

Plan 131 : 1h 15' 12" : Un coq surgit à l'extérieur. (Cf. Photogramme – Verre 3.)

 Andreï Tarkovski, Le Miroir. Photogramme Verre 3 : plan 131.
Photogramme Verre 3 :
Le Miroir,
Plan 131.
Le coq qui surgit de la fenêtre et casse la vitre en deux.

Plan 131 : 1h 15' 20" : Retour sur le buisson soufflé par le vent (Plan 12, 4ème représentation.), mais contrairement aux plans précédents, il n'est plus en insert, il propose une suite : travelling gauche vers une table disposée au milieu d'un champ, sur laquelle sont disposées une pierre et une lampe à pétrole, qui sont soulevées par la force du vent. La lampe tombe au sol. (Cf. Photogramme – Verre 4)

 Andreï Tarkovski, Le Miroir. Photogramme Grillage 1 : plan 132. Photogramme Verre 4 :
Le Miroir,
Plan 132.
La pierre et la lampe à pétrole sur la table, soulevées par la force du vent. (Le temps ?)

Plan 133 : 1h 15' 49" : Changement de décor. Aliocha enfant court derrière la maison de campagne. Nous apercevons derrière lui et à l'arrière plan le puits. Aliocha monte un petit escalier qui mène à une porte, il essaye en vain de l'ouvrir, il redescend. La porte s'ouvre toute seule ! Dans une pièce sombre, Maroussia est accroupie, tenant dans ses mains des pommes de terre, un chien est à ses côtés.

Nous assistons en fait au rêve du père découpé en plusieurs parties. Il est d'abord annoncé par la voix-off du père : " je revois régulièrement le même rêve… Quelque chose m'empêche d'entrer à la maison." La maison signifie le foyer, la protection familiale, la chaleur humaine, le don de soi. Il reste à l'extérieur. Curieusement, un coq, qui en principe a sa place à l'extérieur, est à l'intérieur. Sa sortie est fracassante, par une fenêtre, par un passage inhabituel. Il casse la vitre en morceaux, comme s'il cassait un couple en morceaux. La figure du coq dans cette représentation est énigmatique, comme le rêve lui-même. Il sort de l'intérieur vers l'extérieur, en brisant un verre, une "matière miroirisée". Le fait de traverser la vitre, de le percer en le brisant, indique la rupture d'une limite ou plutôt, la limite d'une dimension.

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[1] Comme le chat noir dans Andreï Roublev, qui traverse en oblique, l'église dévastée par les tatars.
[2] C'est encore un clédon, qui se traduit de la sorte : "Où sont-ils nos enfants ?" "Que devient-ils ?"
[3] Comme l'Ecrivain dans Stalker, c'est le geste d'une personne qui n'a "plus son chapeau", qui n'a plus sa tête.
[4] Il s'agit du "portrait de jeune femme au genièvre de Léonard de Vinci", Andreï Tarkovski, Le Temps Scellé, op. cit., pp. 102-103.

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III – 1. 4. Liens Spécifiques du film

Voir : Miroir (Le)

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III – 2. Stalker, d’Andreï Tarkovski

III – 2. 1. Le verre vibrant

Andreï Tarkovski, pour introduire le deuxième protagoniste du film, le Stalker, choisit de nous le présenter directement dans son appartement.

Plan 5 :03' 34" : Avec un travelling avant très lent, "la caméra passe entre deux portes-fenêtres et cadre en plan d'ensemble une chambre. Au centre est disposé un lit à baldaquin en fer forgé."[1]

Plan 6 : La caméra poursuit son travelling pour venir en plan rapproché et en légère plongée sur un plateau en fer vibrant sur une table. (Cf. Photogramme – Verre 5)

 Andreï Tarkovski, Stalker. Photogramme Verre 5 : plan 6. Photogramme Verre 5 :
Stalker,
Plan 6.
Le plateau en fer qui vibre.

Nous entendons des sons de sifflets de train. Sur la table : (…) "Un verre d'eau, un bout de coton, deux comprimés, une sorte de petite boîte, un morceau de papier froissé." [2] Après la vibration de verre, grâce à un travelling lent à gauche, nous allons apercevoir dans l'ordre : la femme du Stalker, ensuite, une petite fille, Ouistiti, et enfin, un homme au crâne presque rasé, le Stalker. Un travelling repartira à droite, pour s'arrêter de nouveau sur le plateau qui continue de vibrer légèrement. [3]

Donc, le verre vibrant ponctue et isole l'introduction du Stalker et de sa famille. Et à la fin du film, le prodige de Ouistiti, (plan 144, dernier plan du film) ponctue le début et la fin du film. Quel est alors, l'intérêt de ce plan ? Est-il plastique ? Est-il métaphysique ? Est-ce que le sifflement du train et la vibration du verre sont comme un signal de départ pour le Stalker ? Est-ce que cela veut dire qu'il habite près d'une gare ? S'agit-il d'un centre de départ et d'arrivée imminentes ? Est-ce l'indice sismographique de la météorite ? Cette ponctuation peut être aussi considérée comme une parenthèse. Pour reprendre un terme tarkovskien, elle devient comme une strate supplémentaire, mieux encore, comme une strate cinémantique. Car le plateau devient une représentation métaphorique de la Zone, où tout change à chaque instant, où tout bouge.[4] E. Morin dirait une "représentation cosmomorphique".[5]

III – 2. 2. Le verre en chute

Après la courte séquence du Bar, le Stalker porte Ouistiti sur ses épaules. Et en compagnie de sa femme, ils se rendent à leurs appartements. Au plan 141, gros plan en plongée d'une gamelle dans l'obscurité. Une main verse du lait. Elle en verse un peu de côté. Contraste frappant entre la blancheur du lait et l'obscurité du plancher. Le chien noir vient laper le lait. (Cf. Photogramme – Chien noir.)

 Andreï Tarkovski, Stalker. Photogramme Chien noir : plan 141b. Photogramme Chien noir :
Stalker,
Plan 141b.
Le chien noir confondu dans l'obscurité noire.

Au plan 144, dernier plan du film, la petite fille tient un livre près de son visage. (…) "Des flocons de pollen flottent dans l'air. Ses yeux passent d'une ligne à l'autre à une vitesse vertigineuse. Lent zoom arrière. Sons de corne de brume. (…) En avant-plan, on distingue deux verres posés sur une table. Elle pose doucement son livre sur ses genoux. Le zoom arrière continue. Voix off petite fille : "Comment ne pas aimer tes yeux. Et leur reflet étincelant. Quand tu les lèves, malicieux. Et traces un cercle miroitant. Tel un éclair venu des cieux… (…) "Elle se tourne un court instant derrière elle, vers la fenêtre, puis, elle penche sa tête en direction du verre. Bientôt sous l'effet de son regard le verre se déplace. Elle le dirige peu à peu vers le bout de la table. On entend les couinements et la respiration du chien. Elle le regarde un instant. Puis se concentre de nouveau sur le verre qu'elle amène, par la force de regard, au bord de la table en avant-plan. Puis, elle se concentre sur un bocal. Elle le fait se déplacer jusqu'au milieu de la table. Ensuite elle passe à l'autre verre (le grand verre) qu'elle dirige aussi vers le bout de la table La petite fille pose sa joue contre la table. Le verre tombe par terre. (Cf. Photogramme – Verre 6.)

 Andreï Tarkovski, Stalker. Photogramme Verre 6 : plan 144. Photogramme Verre 6 :
Stalker,
Plan 144.
Dernier plan du film. Ouistiti, la petite fille déplace et fait tomber un verre avec la force de son regard.

Bientôt une vibration se fait sentir sur la table. Le verre (avec le liquide rouge) tremble sur la table. Le bruit d'un train va en s'amplifiant. Puis, dans le vacarme du train, on entend l'hymne à la joie de la neuvième symphonie de Beethoven. (lent zoom avant) La petite fille est cadrée gros plan." [6]

C'est donc cela, la réponse d'Andreï Tarkovski : les vœux profonds des hommes se trouvent logés au fond du regard d'un enfant, comme un éternel hymne joyeux. Au fond du regard, c'est-à-dire au fond des yeux, au fond de deux orifices circulaires doués du miracle de la vue. Nous avons déjà vu une scène comparable à celle-ci, au plan 6 du film. (Cf. Photogramme – Verre 5.) Les deux plans du plateau de fer vibrant constituent des parenthèses étranges du personnage du Stalker. Et l'opposition de ces deux plans avec le plan 144, nous engage sur le véritable mystère du prodige de Ouistiti. Les protagonistes reviennent de la Zone, mais nous pensons, que les spectateurs, eux, y restent. En effet, nous déduisons de cette présentation en opposition de plan que l'étrangeté et l'insolite n'appartiennent pas exclusivement à la Zone ; car, ce qui est troublant, c'est que "le grand verre",[7] n'est pas "vide". Il nous semble, qu'il porte l'opacité grasse d'un verre de lait qu'on vient de boire. Or, nous venons de voir le chien noir lapant du lait. Ne peut-on pas voir dans ces images conclusives, une relation en boucle illustrant un élément maternel, le lait ? Ainsi, ces constatations nous font pencher sur les propriétés des verres. Nous venons de voir le premier, le verre opaque. Le second est transparent et à moitié plein d'un liquide rouge (vin ou sang).[8] Le troisième verre (caché à l'image) contient une coquille d'œuf ouverte vide et une plume. A cela, nous devons être attentifs au plateau de la table sur laquelle sont posées les trois verres : De forme rectangulaire, lisse et inondée, en grande partie, de lumière blanchâtre, qui ressemble et se confond avec la blancheur du "grand verre". Le plateau rectangulaire de la table du plan 144 ne contraste-t-il pas avec le plateau rond en fer qui vibre du plan 6 ? Ne peut-on pas dire, en définitive, que ce qu'il faut retenir dans ce plan, n'est pas le pouvoir télékinésique de Ouistiti, mais bien, plus simplement, les verres et la table lisse sur laquelle Ouistiti va, enfin, poser sa lisse joue ? Nous sommes, de nouveau, dans un système d'entrelacs et de nœud symbolique complexe. Mais en même temps, avec la chute du "grand verre", tout le poids et la densité dramatique du film se libèrent,[9] illustré phonétiquement par le passage du vacarme strident de train (comme au plan 6), suivi par l'hymne à la joie de Beethoven. Ainsi, in extremis, à travers le plateau vide de la table, ne peut-on pas voir une abstraction géométrique (presque malévitchienne) de la "météorite" ? (Parce que tout le plan (pour ne pas dire tout le film) baigne dans le surnaturel). Et à travers cette abstraction, ne peut-on pas dire que nous assistons à une représentation d'une apparition théophanique, qui manifeste une perspective d'une "tabula rasa" ?

Dans ces circonstances extrêmes, les trois verres ne suggèrent-ils pas le temps (ou plutôt, la progression du temps) ? Le passé présenté par la coquille éclose et la fraîcheur d'une plume ; le présent est le verre à demi-plein ; le futur, enfin, dévoile une maternité débordante et débordée. Pour clore, il faut considérer l'angle de chute du "grand verre". Il se dirige sur l'axe, droit vers le public (il aurait pu tomber à gauche ou à droite). Nous pensons ainsi, que le réalisateur cherche un débordement d'une contagion théophanique. G. Pangon, conclut son article sur la question de "la nécessité du renouveau intérieur" et "la foi en l'homme pour progresser vers l'absolu". Or, d'après le plan 144, l'absolu serait, selon une formule laconique : un moins et non pas un plus.

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[1] Andreï Tarkovski, Stalker, L'Avant-Scène Cinéma, op. cit., p. 14.
[2] Op. cit., p. 14.
[3] G. Pangon : […] " Le signe de la Croix est donc là…", op. cit., p.106.
[4] Une allusion au tremblement de terre que nous avons évoqué précédemment ?
[5] […] "Le cosmomorphisme, c'est-à-dire une tendance à charger l'homme de présence cosmique." op. cit., p. 77.
[6] Andreï Tarkovski, Stalker, L'Avant-Scène Cinéma, op. cit., p. 68.
[7]Contrairement à la remarque de G. Pangon, op. cit., p. 110.
[8] G. Pangon parle du sang du Christ. Op. cit., p. 110.
[9] Exactement comme dans Nostalghia, avec la "Libération de la Maison de la fin du monde".

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III – 2. 3. Liens Spécifiques du film

Voir : Stalker

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Liste des Mots      

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Viridiana (film de Luis Buñuel)

Voir les liens spécifiques du film :
Abeille - Cendre - Chat - Colombe - Corde - Couronne - Épluchure - Lait

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Liste des Mots      

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Visiteur (Le) (film de Valkeapää Jukka-Pekka)

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I. Aspects techniques du film

Visiteur (Le) : Année de réalisation : 2008, diffusion 08 décembre 2008 (Estonie)
Titre original : Muukalainen (Finlande), Der Besucher (Allemagne), The Visitor (Titre international anglais)
Réalisation : Jukka-Pekka Valkeapää
Pays : Finlande, Estonie, Allemagne, UK. 98 minutes, couleur
Nombre de plans (ici, "plan" désigne,"tout morceau de film compris entre deux changements de. plan) : 589
En moyenne : 1 plan/10.02 secondes.
Langue : Finlandais
Production : Helsinki Filmi Oy, Backup Films, Blue Light, Exitfilm, Propeller Film
Directeur de Production : Kokkonen Jabnina, Remus Niko
Scénario : Forsström Jan et Jukka-Pekka Valkeapää
Images : Hutri Tuomo
Décors (scénographie) :
Costumes : Suominen Sari
Son : Nyström Micke
Musique originale : Tulve Helena
Montage : Junkkonen Mervi

Principaux acteurs :

. L'Enfant : Vitali Bobrov
. Le Père : Tommila Jorma
. La Mère : Ikäheimo Emilia
. Le Visiteur : Pavel Liska
. L'Homme au costume : Poranen Pauli

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II. Résumé du film

Il était une fois, un enfant qui vivait avec sa mère dans le cœur d'une forêt, dans le grand nord, son père était en prison.
L'enfant était muet, il avait comme seul compagnon un cheval blanc qui s'approchait peu de lui, le cheval était toujours caché au fond de l'étable.
L'enfant et le père avaient un secret, il s'agit d'un petit objet mystérieux que l'enfant caché soigneusement dans un double fond d'une petite boîte métallique en forme de coffre. Avant de rendre visite à son père, l'enfant cherchait l'objet mystérieux dans un puits abandonné, au fond de la forêt.
Un jour, un visiteur (mystérieux) apparaît, avec un billet du père, afin de rester un moment avec la mère et l'enfant.

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III - Introduction : Le Visiteur - Un conte de "de-main"

"On a supposé à tort qu'une vie
trop riche en imagination nous
empêcher de venir à bout de la réalité.
Mais c'est le contraire qui est vrai."


Bruno Bettelheim, p. 186.

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Après avoir consulté quelques pages d'Internet sur le jeune réalisateur finlandais Jukka-Pekka Valkeapää (né en 1977), nous retenons deux faits importants : 1. Valkeapää définit son film comme étant « un conte de fée d'une mystérieuse obscurité, dit du point de vue de l'enfant… » (Article de Karri Kokko) ; 2. Valkeapää a révélé que l'allure générale du film lui a été inspirée par le travail du peintre américain Andrew Wyeth (1917-2009). (Article deNatacha Senjanovic)

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III - 1. La question du conte

III - 1. 1. Les valeurs des contes de fées d'après Bettelheim

Bruno Bettelheim (1903-1990), était un éducateur, thérapeute et psychanalyste d'enfants gravement perturbés. Il écrira un livre, paru en 1976, d'abord en anglais, The Uses of Enchantment, traduit en suite en français sous le titre Psychanalyse des contes de fées. [1]

Dès l'Introduction, Bettelheim met l'accent sur la première valeur des contes de fées, c'est, « lutter pour donner un sens à la vie » (p.15). Mais, il précise que pour enrichir la vie d'un enfant, « il faut qu'une histoire stimule l'imagination » (p.17). Ces histoires qui abordent des problèmes universels, « s'adressent à leur « moi » en herbe et favorisent son développement (p.19). De la sorte, la valeur inégalée du conte de fées est qu'il « ouvre de nouvelles dimensions à l'imaginaire » (p. 21). Le message que les contes de fées délivrent à l'enfant est que « la lutte contre les graves difficultés de la vie est inévitable et fait partie de l'existence humaine » (p.22).

Nous pouvons constater la place prépondérante de l'imagination dans la pensée de Bettelheim, qui constitue en fait, la première des deux grandes parties qui forment son livre :
1ère partie : « De l'utilité de l'imagination » (197 pages) ;
2nde partie : « Au royaume des fées » (162 pages).

Afin de saisir la richesse et la profondeur de la pensée du psychothérapeute, il est utile de faire quelques rappels sur les éléments de base de la psychanalyse :

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[1] Bruno Bettelheim , Psychanalyse des contes de fées, Editions Robert Laffont, traduit de l'américain par Théo Carlier, 1976.

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III - 1. 2. La théorie de l'appareil psychique : Le « ça » le « moi » et le « surmoi »

Le « ça » le « moi » et le « surmoi », qui ont fini par passer dans le langage courant, sont à l'origine des concepts élaborés par Freud, J. Laplanche et J.B. Pontalès. Ils en donnent les définitions suivantes dans leur Vocabulaire de la psychanalyse (P.U.F. 5e Edition, 1976, pp. 56, 184, 241, 471), (Cf. également, B. Bettelheim, p. 19).

Nous retenons seulement un extrait du résumé de chaque rubrique :
1. Le « ÇA » constitue le pôle pulsionnel de la personnalité ; ses contenus, expression psychique des pulsions, sont inconscients. Il est le réservoir premier de l'énergie psychique. Il entre en conflit entre le moi et le surmoi. Le « Ça » est souvent décrit dans les contes de fées sous la forme d'une bête, qui représente notre nature animale ( p. 121).
2. Le « MOI » est dans une relation de dépendance tant à l'endroit des revendications du « ÇA » que des impératifs du « SURMOI » et des exigences de la réalité. Il se pose en médiateur. Il représente dans le conflit névrotique le pôle défensif de la personnalité.
3. Le « SURMOI » (ou « SUR-MOI »), son rôle est assimilable à celui d'un juge ou d'un censeur à l'égard du « MOI ». Il est défini comme l'héritier du complexe d'Œdipe ; il se constitue par intériorisation des exigences et des interdits parentaux.
4. L'« IDEAL DU MOI » : instance de la personnalité résultant de la convergence du narcissisme (idéalisation du moi) et des identifications aux parents, à leurs substituts et aux idéaux collectifs. Il constitue un monde auquel le sujet cherche à se conformer.

Soulignons que dans Le Visiteur, le « complexe d'Œdipe » a une place centrale. En effet, le « mythe d'Œdipe » [1] est « devenu l'image qui nous permet de comprendre les problèmes (…) que nous posent les sentiments complexes et ambivalents que nous éprouvons vis-à-vis de nos parents » ( p. 43). Le « complexe d'Œdipe » est le problème le plus important de l'enfance »( p. 64).

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[1] "Dans le mythe grec, Œdipe devient roi en tuant son père et en épousant sa mère, après avoir résolu l'énigme du Sphynx qui, aussitôt, se donne la mort. L'énigme consistait à deviner les trois âges de l'homme ( p. 199)".

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III - 1. 3. Les éléments les plus stables des contes de fées

Tolkien précise que les éléments sont au nombre de quatre : « l'imagination, la guérison, la délivrance et le réconfort. Guérison d'un profond désespoir, délivrance d'un grand danger et , par-dessus tout, le réconfort » ( p. 219). Toutefois, Bettelheim ajoute un 5ème élément ; une menace dirigée contre l'existence physique du héros ( p. 220).

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III - 2. Un tableau d'Andrew Wyeth

III - 2. 1. Christina's World

 Christina's World,
Image-Peinture
Andrew Wyeth,

(1917 - 2009)
Christina's World
1948

Christina's World (Le Monde de Christina), résume en partie, l'ambiance du film et pose le décor dans lequel évolue le triangle formé par l'Enfant (sans nom - qu'on appellera désormais, l'Enfant), la Mère et le Visiteur. Toutefois, il faut distinguer une grande différence, le paysage du film est verdoyant et luxuriant.

Par ailleurs, le corps contorsionné, bouleversé, tendu de Christina, rejoint à un moment, celle de la Mère qui boîte. Ses mains sont digne d'intérêt, la main gauche est ouverte, elle pointe vers la maison, et la main droite est fermée, comme si elle cachait un petit objet.…

Le personnage est vu de dos, comme le sera souvent l'Enfant dans le film, et qui est une innovation dans le cadrage des protagonistes. Nous rencontrons souvent cette attitude chez le peintre romantique allemand Caspar David Friedrich (1775 - 1842), notamment dans Le Voyageur contemplant une mer de nuages (1819), Femme dans le soleil du matin (1818), ou encore Le moine au bord de la mer (1808).

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IV - Autre innovation majeure du film : « les barrages accumulés »

Cette seconde innovation concerne toujours le cadrage des protagonistes, sauf qu'une partie, parfois assez importante de l'écran est occultée par un fond sombre, parfois c'est une porte (plan 16), les planches d'une étable (plan 134b) ou encore un trou dans le plancher (plan 41).

Cette caractéristique participe pleinement dans l'aspect mystérieux du « conte ». Nous rencontrons cette qualité de réduction dans la peinture, comme par exemple, entre autres, dans un tableau de Johannes Vermeer (1632 - 1675), La Liseuse à la fenêtre (1659).

 La Liseuse à la fenêtre,
Image-Peinture
Johannes Vermeer,

(1632 - 1675)
La Liseuse à la fenêtre
1659
Dresde

En effet, nous constatons qu'au premier plan, le rideau jaune à gauche, accroché à une fine tringle de cuivre, cache une partie verticale du tableau, et que la table avec son épais tapis rouge à motifs cache une partie horizontale. Ce qui conduit et oriente nos regards presque exclusivement à la Liseuse. Ainsi, cet astucieux dispositif installe à la fois, une distance entre le spectateur et l'unique protagoniste, et en même temps, isole la personne. Par ailleurs, ces effets plastiques rejoignent la thèmatique du tableau : la lecture d'une lettre intime, qui a à la fois, la légèreté du rideau jaune et l'épaisseur du tapis rouge.

Dans son article La Lettre insaisissable, Alain Jaubert parle, avec raison, de « barrages accumulés (…) pour renforcer l'idée d'inaccessibilité ». (Cf. Lumière de l'image, Gallimard, 2008, pp. 109-119.)

Valkeapää utilisera, comme nous allons le voir, avec une grande finesse le système des « barrages accumulés », comme par exemple, entre autres les plans d'ouverture, plans 2 et 8. Ils participeront pleinement dans l'émergence d'un sens qui reste impénétrable, car avec ce film, le réalisateur pousse, pour ne pas dire, propulse, le sens d'un film vers une nouvelle dimension, qui à notre connaissance, n'a pas encore été franchi. Ce qui rend le film, Le Visiteur, particulièrement passionnant et captivant.

(30 décembre 2011)

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V - Photogrammes du film - Analyse et liens spécifiques du film

Visiteur (Le), de Valkeapää Jukka-Pekka (2008)

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V - 1 - Prologue - La visite en prison

Plan 1. 0h 00' 00'' : Générique d'ouverture du film sur un fond noir.

Photogramme 1 - Plan 2. 01' 43'' : Fondu enchaîné sur un premier barrage circulaire, en contre plongée. Un trou qui ressemble à un puits. Première apparition de l'Enfant. Il plonge la main droite ouverte dans l'eau, ensuite la tête. Il ouvre les yeux et regarde avec attention.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur, Photogramme 1.

L'Enfant sort la tête de l'eau, un surveillant vient le chercher pour le conduire dans la cellule de prison, pour voir son Père.

Trois indices sont à souligner, l'eau comme étant « l'élément liquide que nous ne quittons qu'à notre naissance » ( p. 160), s'agit-il alors d'une re-naissance ? Mais de quelle renaissance s'agit-il ? Celle de l'Enfant ? Ou alors, la nôtre ? Car l'image ne suggère-t-elle pas que l'Enfant veut traverser l'écran ? Cette suggestion dévie le sens du film et lui confère une autre interprétation. D'autre part, l'eau aura un poids prépondérant dans la suite de la diégèse. Le second indice révélateur est le cadre noir circulaire (premier barrage), qui rejoint la circularité d'une femme enceinte. Nous avons rencontré cette figure, avec le motif de la lucarne dans Andreï Roublev, nous y reviendrons. Enfin, le troisième indice c'est la forme circulaire qui est également une forme dominante dans le film, que nous allons rencontrer deux plans plus loin.

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Photogramme 2 - Plan 4. 0h 02' 45'' : L'enfant et le surveillant, (curieusement), descendent un escalier, ce qui peut paraître paradoxal, car, il y a un instant, l'Enfant avait la tête plongée dans un « puits » d'eau. Nous descendons donc, ou nous contournons le puits d'eau.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur, Photogramme 2.

Encore une fois, le réalisateur cadre une portion de l'escalier, nous voyons seulement des pieds qui descendent ainsi que l'ombre portée de l'escalier sur un mur. Ce cadrage est significatif, puisqu'il donne des indications sur ce qui sera l'un des nœuds du conte, avec la question des pieds, l'Enfant qui marche pieds nus (plan 12), le pied malade de la Mère (plans 22 - 25 ) et enfin, les pieds cassés du cheval blanc (plan 364).

Photogramme 3 - Plan 7. 03' 54'' : L'Enfant entre dans la cellule, son père l'attendait assis à califourchon, sur un banc. L'Enfant s'assied du côté droit du banc et dépose devant son père, le petit coffre mystérieux (Première apparition).

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen), Photogramme 3.

Photogramme 4 - Plan 8. 04' 03'' : Le surveillant ferme la porte de la cellule, nous regardons la scène à travers l'œilleton de la porte (3ème barrage).

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 4.

Le Père est visiblement animé, il parle sans cesse à son Enfant, mais pour le moment, nous n'en saurons rien. Ce dernier, le regard baissé vers le sol, écoute avec attention. Il faut noter la position des deux mains posées sur les cuisses, qui témoignent d'une attitude rare et inhabituel pour un enfant. Une attitude, si l'on ose dire, pharaonique.

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V - 2 - Le retour chez la Mère : "Le Trésor"

Photogramme 5 - Plan 9. 04' 16'' : Le cadre de l'image est fixe. L'Enfant est assis dans un bus vide, on le voit de dos (première fois). Le bus roule sur un chemin très cabossée, car l'Enfant est ballotté dans tous les sens, comme il le sera d'ailleurs, dans la suite des événements. C'est un signe annonciateur.

Nous ne distinguons pas le conducteur du bus. En revanche, nous apercevons qu'à gauche, le pare-brise est chargé de traces sombres, comme si le bus sortait de la terre avec des frottements importants sur des parois rugueuses, ce qui pourrait expliquer les lignes désordonnées qui traversent les taches. Peut-on par là déduire, que le Père est emprisonné dans les profondeurs de la terre ? Les faits filmiques mènent vers cette direction.

Par ailleurs, à la hauteur des yeux de l'Enfant, une zone circulaire de quelques centimètres, est nette. L'Enfant est attiré par cet oilleton « naturel » (second œilleton).

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 5.

Photogramme 6 - Plan 10. 04' 36'' : A travers l'œilleton naturel, l'Enfant distingue en contre-champ, des enfants joyeux (l'une des rares scènes heureuses du film) qui jouent au loin en laissant échapper un ballon rouge. (4ème barrage).

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 6.

En parlant de la couleur du film, Valkeapää et son directeur de la photographie Tuomo Hutri ont opté pour une lumière entièrement naturelle et une palette très sobre dominée par des bleus, des verts et des marrons qui capturent la pauvreté dans laquelle les personnages vivent et la luxuriante beauté de la nature qui les entoure. « Seule la couleur rouge était interdite, nous ne nous en sommes servis que pour le sang », souligne Valkeapää. (Natacha Senjanovic) Toutefois, le ballon rouge virevoltant dans les airs semble ajouter une valeur à cette couleur rare, nous y reviendrons au moment opportun.

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Plan 12. 05' 00'' : Changement de plan. Une forêt magnifique enveloppée d'une brume épaisse, qui va se dissiper, instantanément, sous la chaleur des rayons parallèles du soleil. Il nous semble que cette brume participe également dans la construction diégétique car elle rejoindra d'une part, les séquences du Père qui fume une grosse cigarette, et d'autre part, elle constitue une liaison subtile avec la bande-son, dans laquelle nous entendons, le « souffle » d'une expiration. De la sorte, Valkeapää personifie le paysage environnant.

L'Enfant est assis au bord d'un chemin, il est presque imperceptible dans ce cadre grandiose, comme s'il en faisait partie. Il enlève ces chaussures, les accrochent ensemble et les disposent en guise de « collier » autour du cou (pourquoi ?). Il traverse, à présent, pieds nus, le chemin perpendiculairement et s'enfonce dans la nature luxuriante.

Plan 14a. 05' 41'' : L'Enfant marche, calmement, le long d'anciens rails de chemin de fer, chargé d'une végétation dense. Ce qui indique que depuis un certain moment, aucun train n'a emprunté ses rails. Comme d'ailleurs, les poteaux électriques devant la maison, qui ne fournissent pas d'électricité.

Photogramme 7 - Plan 14b. 05' 52'' : L'Enfant pieds nus, arrive devant sa maison. Nous distinguons le puits et la maison.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 6.

Plan 15. 06' 17'' : L'Enfant entre dans la maison, accroche sa veste à un portemanteau, comme le ferait un adulte qui entre chez lui, il remplace ainsi le père de la famille.
Ensuite, il emprunte un escalier, autre élément récurrent dans le film. Et se rend dans une chambre au premier étage.

Photogramme 8 - Plan 16. 06' 43'' : Il se dirige dans le coin de la chambre, mais la caméra reste au seuil de la chambre (5ème barrage). Il commence par enlever des planches du sol.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 8.

Photogramme 9 - Plan 17. 07' 02'' : A travers l'étrange ouverture. L'Enfant se laisse glisser dans l'espace exigu, constitué en fait de deux planchers, le sol de la chambre et le plafond de la chambre de dessous, celle ou dort sa Mère. Il ferme derrière lui avec un petit tapis.

Cette ouverture et l'espace qu'elle représente, constituent une autre innovation du film, avec l'introduction d'élément inaccoutumé, qui dévie complètement le sens traditionnel d'une habitation. C'est une image très rare au cinéma, pour ne pas dire unique. L'habitation est ainsi divisée en trois parties (viables et perceptibles à l'écran), de la sorte nous retrouvons une représentation métaphorique de la famille : la Mère au rez-de-chaussée, l'Enfant au milieu et le Père au 1er étage. Est-ce le signe de la trinité ?

Par ailleurs, nous obtenons au sens propre et au sens figuré, grâce au mouvements de la caméra, à la fois, une découpe-balayage vertical (de haut en bas) et horizontal (au milieu) de la maison. Est-ce le signe de la croix ?

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 9.

Photogramme 10 - Plan 18. 07' 30'' : Dans la pénombre, l'Enfant rampe jusqu'au fond de sa cachette, vers ce qui semble être son « trésor ». Il sort le mystérieux « coffre » et le dispose parmi une collection d'autres objets, aussi mystérieux que le coffre. Nous distinguons de droite à gauche : trois objets sphériques, dont le troisième est fortement coloré en vert, une espèce de corne, un quatrième objet sphérique qui fait penser à une perle, un amas de petit bout de ficelle, le coffre, un objet indéfini, un petit jouet ayant la forme d'un éléphant et une plume alternée de deux couleurs.

L'image est intéressante, elle va nous livrer un indice, car comme nous allons le voir, c'est toujours dans l'ombre ou l'obscurité complète d'un puits ( plan 144), que l'Enfant cherchera « l'objet mystérieux ».

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 6.

Photogramme 11 - Plan 19. 07' 44'' : L'Enfant retire une espèce de bouchon situé sur la surface du plancher, et regarde à travers le trou. Toutefois, nous ne saurons pas, encore, ce qu'il regarde.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 11.

Comme pour le père, au plan 8, Valkeapää, ne présente pas les situations en une seule fois, il effectue des « découpages », en les montrant par morceaux. Ainsi, chez le Père nous aurons une occultation auditive et chez la Mère, c'est une occultation visuelle. En outre, signalons que c'est un autre type de barrage.

Photogramme 12 - Plan 20. 07' 58'' : Dans la suite du mouvement de la séquence, le réalisateur au lieu de nous présenter la « sortie » de l'Enfant de sa cachette, il présente un plan fixe de l'escalier (3ème fois) de la maison. Nous apercevons la porte de la chambre de la Mère, avec une fente de lumière significative qui filtre à travers la porte.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 12.

Plan 21 : L'Enfant entre dans la chambre de sa Mère.

Plan 22 : Pour présenter la Mère, Valkeapää nous montre d'abord ses pieds, tachés de traces de boue, qui dépassent du drap, ce n'est qu'ensuite que la caméra monte jusqu'à la tête que nous verrons de dos.
L'Enfant se dirige vers la fenêtre, et ouvre les épais rideaux (Plan 23).
La Mère se réveille. Elle se retourne et tente de sortir du lit. Elle a des difficultés pour faire ce geste quotidien banal (Plan 24).

Photogramme 13 - Plan 25 : La Mère soulève son pied gauche avec sa main, et le pose au sol. Nous apercevons au pieds du lit, une attelle. Vraisemblablement la Mère est atteinte de la « poliomyélite (du grec polios « gris », -myelos « moelle » et -ite « inflammation »), est une maladie infectieuse aiguë et contagieuse spécifiquement humaine causée par trois virus à ARN du genre Entérovirus, les poliovirus. » (Source : Wikipédia).

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 13.

Photogramme 14 - Plan 26b. 09' 13'' : L'Enfant aide la Mère à fixer l'attelle à sa jambe gauche.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 14.

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V - 3 - Une journée « or-dinaire » de l'Enfant

Photogramme 15 - Plan 28. 09' 34'' : L'Enfant puise l' eau du puits. La Mère transporte l'eau dans un seau de la main gauche en s'appuyant de la main droite à un bâton rustique, constitué d'une branche naturelle.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 15.

Photogramme 16 - Plan 29-30.10' 20'' : L'Enfant entre dans le poulailler, il ramasse les œufs des poules, et les dépose dans le tablier de sa Mère.
L'image est intéressante car le tablier représente comme un second ventre, un ventre supplémentaire, qui vient accueillir les œufs, des embryons en germe. Ne peut-on pas dire que cette image est une métaphore du « complexe d'Œdipe » ?

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 16.

Photogramme 17 - Plan 33. 10' 42'' : L'Enfant sort du poulailler et veut fermer la porte derrière lui, mais il se heurte la tête au toit du poulailler et un œuf tombe en se cassant.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 17.

Photogramme 18 - Plan 34. 10' 49'' : Gros plan de l'œuf cassé, mais hélas, nous apercevons l'embryon d'un petit poussin en formation. L'Enfant est perplexe. Et, en fonction de ce que nous venons de dire précédemment, ne peut-on pas voir dans cet œuf cassé une espèce d'avortement maternel ?

C'est par ailleurs, la première image d'une série qui représente un organisme vivant. Nous en aurons d'autres dans le film.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 18.

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Plan 35. : L'Enfant est assis autour de la table de cuisine, il a devant lui un plat creux avec un œuf. Il est hésitant et dubitatif. Très doucement, il approche la main vers l'œuf.

Photogramme 19 - Plan 36. 11' 17'' : L'Enfant saisit l'œuf et le porte à l'oreille, comme s'il voulait vérifier le contenu.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 19.

Plan 37. 11' 26'' : Il emprunte l' escalier (4ème représentation), et se dirige vers sa cachette.

Photogramme 20 - Plan 39. 11' 42'' : Dans sa cachette, l'Enfant va disposer l'œuf à côté de la plume striée. Soulignons qu'il dispose les objets de droite à gauche.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 20.

La séquence de l'œuf est un autre indice significatif, puisqu'il sera à la fin du film (plan 552), « l'objet » de la libération de l'Enfant, en substituant la tête d'une poule à « l'objet mystérieux ». C'est en fait, « un objet de substitution ».

Photogramme 21 - Plan 40. 12' 01'' : L'Enfant se dirige vers le trou-oeilleton (3ème fois), il regarde à travers, et cette fois-ci nous allons voir ce qu'il regarde.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 21.

Photogramme 22 - Plan 41. 12' 10'' : En fait, il regarde sa Mère qui dort. Et il nous semble que c'est elle, le véritable « trésor ».

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 22.

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Plan 42. 12' 18'' : C'est la nuit, l'Enfant sort de la maison, il allume une lampe à pétrole qui diffuse une lumière orangée féerique.
Plan 43 : Il entre dans une étable, il fourre de la paille dans un box apparemment vide.

Photogramme 23 - Plan 47. 13' 34'' : Et, du fond du box, nous apercevons d'abord les pattes d'un cheval, ensuite, un cheval blanc qui s'approche timidement de l'Enfant. Ce dernier ouvre sa main et lui donne quelque chose à manger, qui ressemble à un bout de sucre. Ensuite, il caresse la belle bête.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 23.

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V - 4 - L'arrivée du « Visiteur »

Photogramme 24 - Plan 50. 14' 06'' : Il pleut abondamment, trois seaux d'eau sont posés à l'extérieur, sur la terre humide, pour récolter l'eau de pluie. En apparence l'image est banale, mais en apparence seulement, car plusieurs indices se prolifèrent et annoncent un certain nombre de faits.
Tout d'abord, le chiffre trois [1] s'impose comme une représentation métaphorique de la famille, le Père, la Mère et l'Enfant. Il est à noter que le seau dans le coin inférieur gauche est nettement séparé des deux autres, qui eux, se touchent presque, nous obtenons ainsi, le couple de la Mère et l'Enfant, séparé par celle du Père.
Ensuite, il y a une graduation du niveau d'eau dans les seaux. En effet, celui de droite, avec la poignée en bois (qui rappelle une miniature de l'attelle qu'utilise la mère pour son pied malade), et à ras bord, l'eau déborde. Le seau à gauche (le Père), est presque plein. Le seau en haut de l'image est à moitié plein. Enfin, la première apparition d'un seau d'eau (il s'agit, en fait, de deux seaux) remonte au photogramme 15, quand l'Enfant puise l'eau du puits et la mère, en rentrant à la maison, tient de la main gauche un seau d'eau plein et de la main droite un bâton. Nous verrons plus loin, le changement de situation des objets cités.

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[1] Bruno Bettelheim analyse la symbolique du chiffre trois, à partir de deux contes des frères Grimm : Les Trois Langages (pp. 155-162.) et Les Trois Plumes (pp. 163-174.) Psychanalyse des contes de fées. Voir également le plan 54 du film Nostalghia d'Andreï Tarkovski.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 24.

Photogramme 25 - Plan 52. : Il continue de pleuvoir, comme si, encore une fois, « la nature fume ». La Mère et l'Enfant sont assis sur le porche abrité de la maison. Le pied attelé de la Mère est droit, tendu comme une flèche, comme s'il indiquait une direction. Ils épluchent des pommes de terres. Les épluchures sont éparpillées sur le sol en bois.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 25.

Photogramme 26 - Plan 54. 14' 52'' : A travers l'obscurité de la forêt, sous une pluie battante, surgit un homme habillée sombrement, comme s'il annonçait un sombre avenir.[1] Il est habillé d'un long manteau et un chapeau noirs, il marche très doucement en enserrant les plis du manteau sur son corps. C'est le mystérieux Visiteur. Il avance en direction de la Mère et l'Enfant.

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[1] Ce plan rappelle le plan 9 , du Miroir d'Andreï Tarkovski.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 26.

Plan 59. 15' 51'' : L'Enfant était simplement étonné de cette « intrusion » dans son univers, sa réaction n'était pas aussi emportée que celle de la Mère, qui se lève rapidement, et cache l'Enfant à l'intérieur de la maison.

Photogramme 27 - Plan 60. 15' 20'' : Surprise, la Mère s'installe dans l'embrasure de la porte, en s'appuyant sur le pied droit, valide. Sentant l'imminence d'une menace, elle cache le couteau avec lequel elle épluché les patates derrière son dos. Le Visiteur continue à avancer, lentement.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 27.

Notons que dans cette situation, le couteau est disposé entre la Mère et l'Enfant, comme s'il va séparer (couper) les deux personnes. Et c'est ce qui va arriver, au plans 472 - 476.

Photogramme 28 - Plan 63. 15' 40'' : A travers les vitres d'une fenêtre (barrage), l'Enfant suit la scène attentivement : le Visiteur arrive près de la Mère, et sans lui dire un seul mot, il lui tend un billet. La Mère, anxieuse, lit le billet, et accepte de recevoir l'étranger.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 28.

Plan 66b. 16' 33'' : Le Visiteur est seul, il ne s'aperçoit pas de la présence de l'Enfant. Il saisit alors l'occasion pour « voler » une pomme de terre, à la vitesse de l'éclair, sa main est comparable à une langue d'un reptile qui attrape sa proie en une fraction de seconde. Il dépose le tubercule dans sa poche.

Photogramme 29 - Plan 67. 16' 46'' : La Mère revient avec des couvertures, et fait un signe au Visiteur, sous la pluie, de la suivre vers l'étable. L'Enfant suit la scène avec attention. Cette fois-ci, c'est l'Enfant qui voit les choses de dos, il s'aperçoit que le Visiteur porte un sac-à-dos à moitié plein.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 29.

Photogramme 30 - Plan 68. 17' 08'' : A table. L'Enfant ne mange pas, il regarde fixement dans la direction de la porte. La Mère comprend l'embarras de l'Enfant. Et, enfin, nous l'entendons dire : « Il va habiter là un moment ». (Plan 69)

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 30.

Depuis le début du film, c'est la première phrase que nous entendons. Cette absence de parole est révélatrice. Elle accentue la valeur du « langage des images ». D'ailleurs les nombreux jeux de caches, les barrages, font penser au cinéma muet.

Cette technique particulière est à l'opposée directe des « contes de fées », Bettelheim insiste sur le fait qu'un conte doit être, impérativement narratif, et non pas visuel (il critique négativement, le fait que les parents mettent les enfants devant un film de Blanche-Neige, au lieu de raconter le conte…). Mais, il nous semble que chez Valkeapää, l'utilisation juste de cette technique de silence prolongé, confère au film un caractère innovant, un de plus.

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V - 5 - La première nuit avec le « Visiteur »

Plan 70. 17' 41'' : L'Enfant fait « sa ronde de nuit », il se rend dans la chambre de sa Mère, elle dormait. Il éteint la bougie de chevet. Ensuite, muni d'une petite lanterne, il se rend dans l'étable.

Plan 72. 18' 10'' : Il fourre du foin dans le box du cheval. Il entend le Visiteur gémir.

Photogramme 31 - Plan 74. 18' 42'' : Il s'approche de son hôte, il réalise qu'il est blessé avec la présence d'une grosse tache rougeâtre au niveau de son ventre.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 31.

Soudain, le Visiteur a une réaction délirante, il commence à bredouiller des phrases incompréhensibles, et veut, avec un couteau, attaqué l'Enfant. Le cheval commence à s'affoler. L'Enfant sort de l'étable en courant, pour appeler sa Mère.

Photogramme 32 - Plan 88. 19' 35'' : La Mère et l'Enfant emporte le Visteur sur un chariot, et l'emmène à la maison.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 32.

Photogramme 33 - Plan 93. 19' 50'' : Dans le ciel sombre de la nuit, une nuée d'oiseaux voltigent en cercle, qui attribue à l'image et aux événements qui vont suivre, une suite inquiétante.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 33.

Plan 94. 20' 01'' : Grâce à une petite lanterne, et sous un faible éclairage, la Mère commence à ausculter le corps gémissant du Visiteur. Elle réalise qu'il a une grave blessure dans le ventre, et qu'il y a des petits vers blancs qui surnagent dans un magma de sang et de chair.

Photogramme 34 - Plan 98. 20' 49'' : Sans hésitation, elle introduit deux doigts dans la blessure, et commence à sortir les vers qui infectent la blessure en les jetant sur le sol en bois. Le Visiteur se tord de douleur et s'évanouit. L'Enfant est perplexe devant ce spectacle inhabituel et sanguinolent.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 34.

Photogramme 35 - Plan 109. 21' 06'' : Gros plan des vers remuant.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 35.

Plan 110. 21' 40'' : La Mère continue à soigner le Visiteur en lui lavant la plaie, elle sort de la chambre pour changer l'eau des soins. L'Enfant ne tient plus, il s'assied contre un mur, et puis il s'allonge pour dormir. Mais, à cet instant précis, il entend un froissement d'aile et un coassement peu amical de la part d'un corbeau qui se tient dans l'embrasure de la fenêtre. L'Enfant se redresse.

Photogramme 36 - Plan 113. 22' 31'' : Le corbeau regarde fixement l'Enfant, il ouvre alors son bec, en poussant un coassement inquiétant.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 36.

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V - 6 - Le lendemain - « De-puits »

Photogramme 37 - Plan 121. 22' 56'' : L'Enfant fouille le sac-à-dos du Visiteur. Il trouve un morceau de pain pourri, il le jette derrière son dos. Il sort un vieux jeu de cartes, il regarde les images avec étonnement.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 37.

Photogramme 38 - Plan 121b. 24' 00'' : Ensuite, il sort un linge enroulé. C'est une chemise, il constate qu'il y a un trou dans le tissu, nous comprenons que c'est l'impact d'un coup de revolver. Ce qui semble signifier, qu'il y a eu une violente altercation, et que le Visiteur a des relations avec le banditisme. Il lève la chemise à la hauteur des yeux et regarde à travers le trou.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 38.

Photogramme 39 - Plan 123. 24' 04'' : A cet instant précis, au moment ou l'Enfant lève la chemise pour voir à travers le trou, sa Mère se présente dans la ligne de vision du trou.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 39.

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Plan 124. : Changement de cadre. Un magnifique étang.

Photogramme 40 - Plan 126. 24' 22'' : L'Enfant a les pieds plongés dans l'étang, afin d'attraper des sangsues qui vont venir s'aggriper sur ses pieds. La Mère récolte les sangsues dans un bocal.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 40.

Photogramme 41 - Plan 128. 24' 52'' : De retour chez le malade, la Mère, sans ménagement, fait introduire, avec les doigts, la sangsue à l'intérieur de la blessure.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 41.

Photogramme 42 - Plan 132. 25' 30'' : L'Enfant dort sur un banc. En fait, il n'a pas sa propre chambre.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 42.

Photogramme 43 - Plan 133. 25' 41'' : A son réveil, sa première tache (qui restera pour nous, un grand mystère), consiste à se rendre à l'étable, et de prendre une corde suspendue à un crochet.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 43.

Photogramme 44 - Plan 134b. 25' 48'' : Ensuite, à travers une ouverture de l'étable (barrage), il va enrouler minutieusement et très calmement, la corde autour de sa petite taille.

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Nous souhaitons ouvrir une parenthèse, afin de dire, que c'est cette image qui nous a poussé à prendre ce film en considération, dans le cadre d'une étude de film plan par plan. En effet, il nous semble que cette image a une « aura » et une portée très pertinentes, dont nous ignorons encore les pleines ramifications, mais d'ores et déjà, nous pouvons associés cette image, à plusieurs plan du film, en particulier, le plan 15, l'association avec la manivelle du puits d'eau, plus précisément la partie cylindrique de la manivelle. De la sorte, grâce à cette façon inhabituelle d'enrouler une corde autour de la taille (ce qui signifie, qu'il faudrait, par la suite, dérouler la corde), la taille de l'Enfant devient, une sorte de manivelle, qui semble puiser des « fruits inattendus ». Par ailleurs, nous aurons un autre plan avec une manivelle minuscule, celle d'un phonographe (plan 327b ). Enfin, une autre association pertinente, c'est le lien avec l'eau, une eau insaisissable, puisque la manivelle est destinée à chercher quelque chose dans les profondeurs de la terre (pour un puits) ou des sons qui remplissent l'espace environnant (phonographe). Nous refermons la parenthèse.

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 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 44.

Plans 135 - 137. 25' 59'' - 26' 40'' : L'Enfant marche dans une forêt luxuriante. Il est attentif aux bruits de la forêt, il regarde derrière lui, et à côtés, pour voir s'il n'est pas suivit. Il arrive au bord d'une petite rivière. Un petit radeau est amarré à un petit poteau.

Photogramme 45 - Plan 138. 26' 58'' : Il monte sur le radeau et grâce à une perche en bois qu'il appuie au fond de l'eau il dirige son embarcation avec précision, tout en restant à l'affût des bruits environnants. Il est à noter un fait intéressant, le radeau est en fait une vieille porte en bois muni d'une poignée. Ce qui implique une association avec la maison.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 45.

Photogramme 46 - Plan 140. 27' 19'' : L'Enfant arrive à la destination voulue, il s'agit d'un vieux puits dans une vieille ruine en pierre, l'ensemble est abandonné, la végétation se prolifèrent d'une façon anarchique.
Il s'assied sur une pierre, il sort le petit coffre (3ème représentation) enroulé, à son tour, d'une fine ficelle, et le dépose à côté de lui. Il attend, comme s'il craignait ce qu'il allait faire, comme si c'est une chose difficile à accomplir.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 46.

Photogramme 47 - Plan 141. 27' 38'' : Il décide d'accomplir ce qu'il doit faire. Il se dirige vers le puits.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 47.

Plan 142. 27' 51'' : Devant le puits, il déroule la corde qui était enroulé autour de sa taille.

Photogramme 48 - Plan 143. 27' 57'' : D'une main experte, il effectue une boucle à la corde afin d'obtenir un nœud, qu'il accroche à un crochet en fer.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 48.

Photogramme 49 - Plan 144. 28' 06'' : L'Enfant déroule la ficelle du petit coffre qu'il dispose autour du cou et descend dans le puits en se suspendant à la corde.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 49.

Plan 144b. 28' 48'' : L'Enfant descend dans le puits, l'image est fixe sur le crochet et la corde tendu. Nous entendons des halètements, des bruits divers. Ensuite, après 38 secondes d'éclipse visuel, l'Enfant remonte.
Encore un barrage visuel, cette fois ci c'est un barrage total, puisque nous ne verrons pas ce que l'Enfant cherche, et qui constitue un des secrets du film, que nous devons contourner.

Photogramme 50 - Plan 145. 28' 49'' : L'Enfant s'assied au bord du puits, et enroule, de nouveau, la petite ficelle autour du petit coffre, qu'il mettra dans sa poche.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 50.

Plan 147. 28' 59'' : L'Enfant traverse la forêt dans le sens inverse, pour revenir à la maison.

Photogramme 51 - Plan 149. 29' 26'' : Dans sa cachette, l'Enfant « prépare » le petit coffre. Il dispose de l'objet mystérieux (celui du puits) dans le fond du coffre, ensuite, il ajoute un double fond, il s'agit d'une petite plaquette métallique incurvée à ses bords de quelques centimètres comme un « U » renversée, la plaquette a la même largeur du coffre. Enfin, il rajoute du tabac à enrouler pour faire des cigarettes.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 51.

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V - 7 - La seconde visite en prison

Plan 151. 29' 52'' : Dans la salle d'attente de la prison, nous entendons des bruits de gouttes d' eau et de porte qui grince.

Pour cette seconde visite, le rythme des plans va changer, nous allons voir des nouveaux plans qui vont combler les lacunes de la première visite. En effet, durant cette visite, nous allons comprendre un certain nombre de choses, à propos de cet objet mystérieux.

Tout d'abord, il fallait soudoyer le surveillant :

Photogramme 52 - Plan 152. 29' 59'' : Une porte s'ouvre, laissant apparaître un surveillant. La lumière orangée est particulière, elle suggère, comme nous le verrons, une représentation du Père. L'Enfant se lève de son banc. Il faut noter la présence du petit coffre qui est posé au bout du banc, dans l' ombre.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 52.

Photogramme 53 - Plan 155. 30' 23'' : A l'entrée du surveillant dans la petite salle, l'Enfant se lève et se met près du mur. Le surveillant s'approche du banc, prends le petit coffre, l'ouvre, et prends du tabac. Il fera cette opération machinalement, dans le noir, comme s'il a toujours fait. C'est son « tarif » pour fermer les yeux sur le passage illicite du petit coffre.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 53.

L'utilisation répétitive des jeux d'ombres [1] fortement contrastés, comme nous l'avons souvent vu, attribue au film un mode de langage supplémentaire qui contribue à créer un niveau ou un registre de lecture supplémentaire. Ces jeux d'ombres ressemblent à la technique dite de « l'ombre chinoise », qui envoient le film dans le monde féerique du conte.

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[1] Utilisé d'abord à des fins religieuses (évoquer l'âme des morts) et d'exorcisme, il est rapidement devenu une forme particulièrement séduisante de spectacle populaire, mettant en scène aussi bien de grands poèmes épiques que des satires politiques ou grivoises, comme le célèbre Karagöz de Turquie par exemple. (Source : Wikipédia)

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Plans 156 - 158. 31' 07'' - 31' 23'' : Les plans suivants sont en gros plan, ils présentent directement, le moment ou le Père consulte un livre (la bible ?).

Photogramme 54 - Plan 159. 31' 20'' : Le Père choisit soigneusement une page, il la déchire, il dispose du tabac au milieu de la feuille et l'enroule pour en faire une grosse cigarette.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 54.

Il faut noter la présence sur les phalanges de la main droite du Père, des « tatouages » spécifiques, les symboles des jeux de cartes qui sont de couleur bleu (comme la chemise du Visiteur). Les symboles sont représentés de la façon suivante : carreau (index), cœur (majeur), pique (annulaire), trèfle (auriculaire). C'est une liaison directe, que nous allons voir bientôt, avec le Visiteur.

Photogramme 55 - Plan 161. 31' 40'' : Le Père allume sa cigarette, et souffle savoureusement la fumée. Le bout incandescent orangé de la cigarette est un rappel de la lumière orangée du plan 152.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 55.

Plans 162 - 164. 31' 46'' - 32' 10'' : Le Père surveille un autre gardien de la prison (celui qui se trouve sur le toit transparent), ensuite, il souffle la fumée sur le visage de l'Enfant, c'est le signal pour savoir s'il peut chercher le « trésor » dans le double fond du petit coffre, car l'enfant surveille le gardien de la porte. L'Enfant acquiesce de la tête.

Photogramme 56 - Plan 165. 32' 15'' : Le Père soulève le petit cache (le double fond), et prends avec deux doigts l'objet mystérieux au fond du coffre. Nous apprenons ainsi, que l'objet mystérieux est de petit taille, comme une perle par exemple.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 55.

Plans 167 - 170. 32' 42'' - 33' 10'' : Le Père rassuré de la présence du petit objet dans sa poche. Il commence à parler à son fils. C'est le premier dialogue important du film. Le fait que nous n'avons eu le droit qu'à quelques brides de mots jusqu'ici, donne, tout à coup, beaucoup de poids aux mots prononcés par le Père. (Rappelons que l'Enfant est muet, il n'y a donc que le Père qui parle, l'Enfant se contente de hocher la tête.)

- Le Père : « Vous avez eu une visiste ? »
- L'Enfant hoche la tête en acquiesçant.
- Le Père : « Il va se reposer encore un moment. »
- « Tenez-vous à l'écart. »
- « Il n'y a eu personne d'autre ? » (Il jette la cigarette, à peine entamée au sol.) (Plan 170a.)
- L'Enfant hoche la tête en acquiesçant.
- Le Père : « Bien. »

Photogramme 57 - Plan 172. 33' 11'' : Les mains libres, le Père saisit subitement, les deux mains de l'Enfant, et lui dit : « Montre-moi tes mains. » L'Enfant se laisse faire, et continue à regarder son Père. Toutefois, nous sentons, nettement, une transformation dans la voix du Père, elle devient plus menaçante, plus agressive. Nous sentons que l'Enfant n'a pas intérêt à contrarier son Père.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 57.

Plans 173 - 182. 33' 16'' - 34' 17'' : - Le Père : « Regarde-moi bien dans les yeux. »
- « Elles sont bien blanches. » (Plan 176)
- « Tu as travaillé avec ses mains ? » (Plan 178)
- « Tu as aidé ta Mère ? »
- L'Enfant à chaque question, hoche la tête en acquiesçant.
- Le Père : « C'est bien. »
- « Tu es un bon garçon. »
- « Bientôt, je vais rentrer. »
- « Mais d'ici là, c'est toi l'homme de la maison ? » (Plan 180)
- « Tu dois veiller à ce que tout se passe bien, compris ? »
- « Et n'oublie pas. »
(Il pointe le doigt sur le coffre, en donnant des petits coups.) (Plan 181.)

* * *

V - 8 - La nouvelle situation dans la maison

Plan 183. 34' 18'' : L'Enfant entre dans la cuisine, il aperçoit deux grosses casseroles sur le feu. Il ouvre, d'abord la première, ensuite, la seconde.

Photogramme 58 - Plan 185. 35' 21'' : Il est étonné de voir un linge qui bouille, grâce à un bâton, il sort le linge de l'eau. C'est une chemise du Visiteur. Gros plan sur la chemise qui baigne dans une eau rougeâtre. C'est peu appétissant pour un dîner.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 58.

Plan 186a. 35' 25'' : Tout à coup, l'Enfant est surpris par le bruit d'une porte qui claque.

Photogramme 59 - Plan 186b. 35' 31'' : Il se retourne et il remarque que la porte de la chambre de sa Mère est entrouverte, et qu'elle s'ouvre en laissant apparaître le Visiteur allongé sur le lit de sa Mère. L'Enfant veut partir, le Visiteur l'interpelle : « Attends ! ». L'Enfant ne bouge pas.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 59.

Plan 186c. 35' 36'' : Le Visiteur continue à parler à l'Enfant :
- « Je suis là, depuis combien de temps ?
- « Quel jour sommes-nous ?
L'Enfant ne répond pas. A ce moment, la Mère entre dans la chambre, et dit : « Il ne parle pas ».

*

Plans 187 - 189. 36' 04'' - 36' 32'' : L'Enfant est, de nouveau dans sa cachette, il regarde à travers l'oilleton, il constate que le Visiteur dort dans le lit de sa Mère.

Photogramme 60 - Plan 190. 36' 44'' : Il se couche sur le dos, et reste immobile. Plan fixe de l'Enfant allongé dans sa cachette.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 60.

Plans 191 - 196. 37' 01'' - 37' 51'' : Le lendemain, l'Enfant va suivre le Visiteur dans la forêt. Il va remarquer qu'il est rapidement essoufflé, et qu'il n'est pas complètement rétablit.

Plans 197 - 200. 38' 13'' - 38' 44'' : De retour à la maison, l'Enfant est assit à la table de la cuisine, en train de tapoter avec les doigts. Dans la chambre, la Mère soigne le Visiteur.

Plans 201 - 203a. 38' 48'' - 39' 16'' : Sur le porche de la maison, l'Enfant épluche des pommes de terre.

Photogramme 61 - Plan 203b. 39' 40'' : Le Visiteur sort et se met de l'autre côté de la balustrade. Il tend la main vers un point invisible. L'Enfant regarde la scène.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 61.

Photogramme 62 - Plan 204. 39' 40'' : Et, tout à coup, une carte de jeu apparaît magiquement.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 62.

Plan 209. 39' 48'' : Aussitôt, la Mère jette un seau d'eau dehors.

*

Photogramme 63 - Plan 210. 40' 03'' : C'est la nuit. Vue paisible de la maison. Une petite lumière orangée rappelle encore une fois le Père.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 63.

Plans 211 - 213. 40' 10'' - 40' 26'' : La Mère dort dans son lit, le Visiteur sur le canapé et l'Enfant décide d'aller dormir dans l'étable sur la paille.

Il est à remarquer que l'Enfant dort chaque nuit dans un lieu différent. Pourquoi ?

*

Photogramme 64 - Plan 216. 41' 17'' : Le lendemain, l'Enfant est réveillé par une voix qui chuchote : « Du calme, tout doux. ». Il se retourne, et voit le Visiteur, le chapeau sur la tête, en train de parler au cheval blanc. L'Enfant a l'air contrarié, il se retourne de l'autre côté et continue de dormir.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 64.

Photogramme 65 - Plan 223. 42' 17'' : Mais le Visiteur ne s'arrête pas là. Il continue de prendre des initiatives. Il décide de réparer la barrière d'un enclos. Il y parvient sans grande difficulté. L'Enfant observe la scène de loin.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 65.

Photogramme 66 - Plan 224. 42' 21'' : Au même moment, la Mère est en train de suspendre le linge sur un fil. L'image est particulièrement intéressante, car elle présente la Mère comme étant une ombre, une personne sans existence physique. Une personne absente.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 66.

Photogramme 67 - Plan 232. 42' 53'' : Dans la foulée du mouvement, nous entendons le hennissement d'un cheval. L'Enfant qui aidait sa Mère à suspendre le linge, laisse tomber la corbeille et court voir ce qui se passe avec Son cheval. Il est stupéfait de constater que le Visiteur tient fermement le cheval par des harnais et veut le conduire dans l'enclos. Il réussit à faire entrer le cheval en criant à l'Enfant : « Ferme la barrière .

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 67.

Photogramme 68 - Plan 237. 43' 13'' : Et, quand la Mère découvre « l'exploit » du Visiteur (c'est ce que l'image laisse supposée), elle pousse un cri à la fois d'admiration et d'affolement, en portant la main à la bouche pour étouffer le « cri ».

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 68.

Photogramme 69 - Plan 240. 43' 26'' : Gros plan des habits du Visiteur disposés sur un tabouret, et dans une bassine pour être lavés.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 69.

Plan 241. 43' 33'' : Les plans suivants annoncent au fur et à mesure la place que le Visiteur va prendre au sein de la famille, en remplaçant le Père de l'Enfant. Ainsi, la Mère va habiller le Visiteur par les habits de son mari.

Photogramme 70 - Plan 242. 43' 53'' : A table, le Visiteur va s'asseoir à la place du Père (cela nous le supposons).

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 70.

Photogramme 71 - Plan 244. 44' 02'' : L'Enfant joue sous le porche de la maison avec un insecte, en l'empêchant avec ses mains, d'entrer dans les fentes des planches de bois. L'insecte prisonnier. C'est l'un des rares moments que nous voyons l'Enfant « jouer ».

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 71.

Photogramme 72 - Plan 245. 44' 09'' : Près de lui, sa Mère en train de coudre un habit.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 72.

Photogramme 73 - Plan 245b. 44' 13'' : En fait, il s'agit de la chemise du Visiteur. Gros plan sur la chemise trouée. La Mère coud en fredonnant une mélodie.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 73.

*

V - 9 - Le retour au puits

Plan 247. 44' 48'' : C'est la répétition, presque à l'identique du plan 134b, à une exception près, l'Enfant entends plusieurs bruits.

Au plan 247, l'Enfant décroche la corde ;
Au plan 248, il enroule la corde sur sa taille (plan 134b)
Au plan 251, il est sur le radeau-porte (plan 138)
Au plan 252, il cherche l'objet mystérieux (plan 144)

Photogramme 74 - Plan 254. 46' 18'' : Mais, à son retour, il est surpris de voir des traces fraîches et profondes dans la boue. Il a été suivit.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 74.

Plans 255 - 257. 46' 22'' - 47' 28'' : Dans la forêt, et durant son retour, il va entendre des bruits de branches secs qui se cassent, signe qu'une personne (ou un animal) a marché dessus. L'Enfant est inquiet.

*

V - 10 - La troisième visite en prison

Plans 260 - 261. 47' 44'' - 47' 52'' : C'est la répétition, presque à l'identique du plan 165.

Plans 265 - 281. 48' 27'' - 50' 50'' : Le Père satisfait d'avoir de nouveau l'objet mystérieux. Il commence à poser des questions à l'Enfant, mais le ton va changer au fur et à mesure :
- Le Père : « Tout va bien à la maison ? »
- L'Enfant incline la tête en acquiesçant. (Oui)
- Le Père : « Pas de problème avec ce Visiteur ? »
- L'Enfant hoche la tête. (Non)
- Le Père : « Il est reparti ? »
- « Il est encore là ? » (Plan 266)
- L'Enfant hoche la tête. (Oui)
- Le Père : « Où dort-il ? »
- « Dans l'écurie ? » (Plan 269)
- L'Enfant hoche la tête. (Non)
Le Père commence à s'emporter :
- « Ecoute-moi bien. »
- « Il n'a plus rien à faire là. » (Plan 271)
- « Il doit partir. »
- « Ce n'est pas quelqu'un de bien, tu comprends ? »
Le Père écrit sur une feuille déchiré de son livre, et la donne à son Enfant. (Plan 273.)
- « Donne ça à ta Mère. »
Il prends les deux mains de l'Enfant (plan 277), comme au plan 172.
- « Je serai bientôt de retour à la maison. Ne l'oublie pas un seul instant. »
Il lui redonne le petit coffre (plan 280).
- « Et ça, c'est notre secret. A nous seuls. »

* * *

V - 11 - Le cheval dompté

Photogramme 75 - Plan 284. 51' 29'' : De retour de la visite à son Père. L'Enfant est surpris de voir sa Mère assise sur la clôture de l'enclos, en présence du Visiteur et de Son cheval.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 75.

Photogramme 76 - Plan 287. 52' 11'' : Dans la cuisine, l'Enfant sort le billet que son Père à écrit en prison (plan 286), et le donne à sa Mère.

Nous remarquons, encore une fois, l'étrange éclairage orangé qui jaillit à travers une petite ouverture, qui ne semble pas être une fenêtre, et à travers le petit feu de la cuisinière. Nous pouvons alors avancer que jusqu'à présent, le Père est représenté comme étant une « lumière » , mais une petite lumière, un point lumineux.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 72.

Photogramme 77 - Plan 288. 52' 23'' : La Mère se relève et à peine consulte le billet, pour aussitôt le mettre dans sa poche. Elle sourit à l'Enfant, avant de lui caresser avec la main, la joue droite.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 77.

Plan 289. 52' 48'' : Dans la cour de la maison, l'Enfant pousse le chariot afin de mettre des bûches. Il entend derrière lui le hennissement d'un cheval.

Photogramme 78 - Plan 291. 53' 04'' : Il regarde en direction de l'enclot. Il remarque que la barrière de l'enclos est à demi-ouverte, et que le cheval le regarde.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 78.

Plan 293. 53' 11'' : L'Enfant est cadré de dos. Et ensuite, le plan devient complexe, dans le sens que l'Enfant, va littéralement « voler » au-dessus de la clôture, pour atterrir directement sur le dos du cheval.

Photogramme 79 - Plan 295. 53' 28'' : Le Visiteur va apparaître. Il va saisir les harnais du cheval (qui n'en avait jamais avant). Et, il va les placer entre les deux mains de l'Enfant, en les tenant très fort, et en lui disant : « Accroche-toi ! » Ensuite, il donne une tape sur les hanches du cheval qui file à toute allure à l'intérieur de l'enclos.

Cette image est particulièrement importante, car elle va s'inscrire à l'intérieur d'une série d'image qui a un rapport avec les mains, en particulier aux plans 172 et 277, quand le Père saisit fermement les deux mains de l'Enfant, en lui disant, deux fois : « Montre-moi tes mains ».

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 79.

Plans 296 - 315. 53' 34'' - 54' 13'' : Montage accéléré du cheval au galop. Cadrage sur les pieds de l'animal en mouvement et le dos de l'Enfant. Ce dernier, est ballotté (il est monté directement sur le dos nu de la bête, sans une scelle), il se tient à la crinière de la bête. Mais, il ne manifeste pas une joie énorme.

Plans 315 - 316. 54' 13'' - 54' 48'' : Changement de cadre. L'Enfant à cheval qui trotte sur un plan d'eau.

Plans 317 - 318. 54' 49'' - 55' 46'' : C'est la nuit. L'Enfant est devant le cheval. Ce dernier s'approche de lui. L'Enfant lui caresse la tête.

Photogramme 80 - Plan 322. 56' 24'' : L'Enfant entre dans la maison. Il se rend dans la chambre de sa Mère. Une surprise l'attend. Le Visiteur est couché près d'elle, il ouvre un œil, puis le referme.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 80.

Plans 324 - 326. 56' 39'' - 57' 29'' : La "nouvelle famille" est de nouveau réuni autour de la table (comme au plan 242). Ils mangent en silence. L'Enfant débarrasse la table.

Photogramme 81 - Plan 327b. 57' 38'' : Le Visiteur a préparé une seconde surprise à l'Enfant. Il est sur le porche de la maison et il a devant lui un phonographe. Il appelle l'Enfant, il lui prend la main gauche (pour la seconde fois) il la pose sur la manivelle du phonographe, et lui montre qu'il faut tourner la manivelle. Nous entendons une musique ancienne qui remplit l'atmosphère paisible de la maison.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 81.

Photogramme 82 - Plan 329. 58' 33'' : Le Visiteur très enthousiaste, se dirige vers la Mère, qui ramenait un seau d'eau à la maison. Et tel le Christ qui soigne les malades, le Visiteur saisit le seau d'eau qu'il pose au sol, ensuite il jette la canne de côté. Et ils commencent à danser.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 82.

* * *

V - 12 - La mort du cheval

Plans 330 - 338. 59' 03'' - 1h. 01' 01'' : Ensuite, le Visiteur emmène l'Enfant à cheval dans la forêt. Nous entendons un avion qui passe et qui fait assez de bruit pour effrayer le cheval (plan 334). Ils arrivent à une cascade d'eau.

Photogramme 83 - Plan 339. 1h. 01' 13'' : Vue en plongée. Afin de faire boire le cheval, l'Enfant récolte l'eau de la cascade dans le chapeau du Visiteur.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 83.

Plan 343. 1h. 01' 50'' : Le Visiteur et l'Enfant continuent la promenade dans la forêt, mais, l'avion repasse, faisant beaucoup plus de bruit. Le cheval est alors effrayé, il se cambre, en jetant l'Enfant de son dos, et prends la fuite, en galopant.

Photogramme 84 - Plan 352. 1h. 02' 05'' : Le Visiteur se précipite vers l'Enfant, et le consulte afin de voir s'il va bien. Constatant qu'il n'est pas blessé. Il court derrière le cheval.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 84.

Photogramme 85 - Plan 364. 1h. 03' 23'' : L'Enfant se réveille et court à son tour chercher le cheval. Il arrive à la petite cascade, qu'on a vu au plan 339. Mais, hélas, il comprend que son cheval à sauter par dessus la cascade et gît au sol.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 85.

Plans 366 - 369. 1h. 03' 45'' - 1h. 04' 06'' : L'Enfant est devant Son cheval. Ce dernier a la jambe cassée. L'image est insoutenable. Sur ces faits, le Visiteur arrive et constate les faits.

Photogramme 86 - Plan 370. 1h. 04' 11'' : Il attrape l'Enfant par le cou, le mène loin, contre un arbre et lui dit : « Ecoute-moi. Ne te retourne pas. Ne te retourne pas. »

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 83.

Photogramme 87 - Plan 373. 1h. 04' 43'' : L'Enfant obéit au Visiteur, il reste le dos tourné à la tragédie. Il regarde l'écorce d'un arbre. A ce moment-là, il y a un insecte qui court dans les sillons de l'écorce et entre dans un trou.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 87.

Photogramme 88 - Plan 378. 1h. 04' 57'' : L'insecte continue sa progression à l'intérieur d'une cavité dans l'arbre.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 88.

Photogramme 89 - Plan 380. 1h. 05' 03'' : Il arrive dans une galerie dans laquelle se développe des centaines de larves.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 89.

Les images de l'insecte et les larves sont très significatifs, ils installent plusieurs liaisons d'une part, avec les plans 98 et 103, et d'autre part, avec la question du puits. En effet, nous ne saurons rien, à propos de l'objet mystérieux que l'Enfant ira chercher au fond du puits, et avec l'insecte, nous progressons à l'intérieur de la galerie de larves.

Plan 391. 1h. 05' 19'' : Le Visiteur revient, les mains sont rouge de sang. Il fait comprendre à l'Enfant qu'il faut rentrer.

Photogramme 90 - Plan 394. 1h. 05' 48'' : Mais, pour l'Enfant, la situation est très dramatique, tout devient flou. Il marche en titubant, et va s'évanouir devant la maison.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 90.

*

V - 13 - L'hiver

Plan 399. 1h. 06' 13'' : Ecran noir. Le passage avec la séquence suivante, l'hiver, est subtile.

Photogramme 91 - Plan 403. 1h. 06' 41'' : A partir de l'écran noir, une fente de lumière divise l'écran en deux parties égales, et tout à coup, la double porte de la maison s'ouvre en présentant un paysage complètement différent de ce qu'on a déjà vu. C'est l'hiver.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 91.

Photogramme 92 - Plan 407. 1h. 08' 44'' : Avec le poids de la neige, une partie du toit de l'étable est effondrée.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 92.

Photogramme 93 - Plan 408. 1h. 08' 50'' : Comme le toit de l'étable, l'Enfant est effondré, il dort à la place du cheval.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 93.

Plan 410. 1h. 09' 30'' : Mais, l'Enfant, courageux, reprend ses activités quotidiennes. Il puise de l'eau au puits. Le Visiteur, visiblement irrité, vient chercher un seau d'eau plein, en jetant un regard sévère à l'Enfant, qui exprime, sans doute, un conflit entre l'Enfant et les adultes. Ce dernier, continue imperturbablement à puiser l'eau du puits.

Photogramme 94 - Plan 411. 1h. 10' 32'' : Mais, l'Enfant en levant les yeux vers le chemin que le Visiteur à emprunter pour rejoindre la maison, est surpris de voir le seau d'eau renversé et abandonné au milieu du chemin. (Il est à noter que c'est à cet endroit précis que le Visiteur a dansé avec la Mère.)

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 94.

Plans 412 - 423. 1h. 10' 34'' - 1h. 11' 15'' : A partir de là, la cadence des plans changent. Des ombres vont surgir de la brume de la forêt (plan 413). Un homme avec un pas décidé avance vers la maison. L'Enfant veut prendre la fuite. (plan 418). Une main forte se pose sur son épaule en le retenant, et en lui ordonnant : « Halte-là ! » (plan 420). D'autres policiers entrent dans la maison et ils commencent à la fouiller.

Photogramme 95 - Plan 424. 1h. 11' 27'' : Le chef des policiers, celui qui a interpellé l'Enfant, est assis à l'intérieur de la maison. Son chapeau est posé sur un tabouret. Il consulte sa montre avec un air calme qui contraste avec l'agitation du reste du groupe. Il faut souligner que c'est la seule montre du film, seule indication du temps.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 95.

Plans 425 - 442. 1h. 11' 37'' - 1h. 14' 19'' : L'Enfant et la Mère sont assis en face du chef de la police (plan 425). Après avoir fouillé toute la maison et ayant constaté que le Visiteur n'y se trouve pas, les policiers décident de partir (plan 430). La Mère, ayant craint le pire, à savoir l'arrestation du Visiteur, qui est devenu son amant, va vomir (plan 432). Elle se lance à la recherche de son amant, mais en vain (plan 434). C'est l'Enfant qui va trouver le Visiteur près de box vide de son cheval (plan 437). L'Enfant et le Visiteur sortent de l'étable pour rejoindre la Mère (plan 439). Cette dernière en courant, va tomber. Le Visiteur se précipite pour l'aider, elle le frappe des poings (plan 440).

Photogramme 96 - Plan 443. 1h. 14' 28'' : L'Enfant est de nouveau dans sa cachette, il regarde à travers l'oilleton du plancher, vers le lit de sa Mère. Mais, cette fois ci, il va remarquer que le Visiteur ne dort pas, et qu'il l'observe à son tour.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 96.

Plans 444 - 445. 1h. 14' 38'' - 1h. 14' 58'' : L'Enfant dort dans sa cachette, comme dans le plan 190. Le matin, il se rend dans la chambre de sa Mère, elle était seule.

Plans 446 - 447. 1h. 15' 07'' - 1h. 15' 21'' : Dehors, sur le sol enneigé, il remarque des traces de pas, profondes, (comme dans le plan 74), qui se dirigent vers l'étable. Il se dirige, précipitamment vers le l'étable.

Photogramme 97 - Plan 448. 1h. 15' 34'' : L'Enfant est supris. La corde n'est pas sur le crochet. Il est pétrifié. Il comprend que c'est le Visiteur qui a pris la corde. Il court dans la forêt (plan 450).

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 97.

Photogramme 98 - Plan 457b. 1h. 15' 53'' : L'Enfant arrive trop trad, le Visiteur sans son chapeau, est déjà sur le radeau-porte, ce dernier regarde l'Enfant avec une grande indifférence, et se dirige vers le puits. L'Enfant hésite un moment, et il se décide de le suivre. Il plonge dans l' eau glacée.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 98.

Photogramme 99 - Plan 469b. 1h. 17' 15'' : L'Enfant arrive près du puits, il trouve le sac à dos du Visiteur sur un rocher, et la corde suspendu au crochet du puits.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 99.

Photogramme 100 - Plan 471. 1h. 17' 29'' : Cependant, coup de théâtre, la corde se défait, et le Visiteur tombe dans le fond du puits. Aussitôt après, une nuée de corbeaux furieux sortent du puits avec des vifs croassements. L'Enfant se jette à terre et se couvre la tête.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 100.

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V - 14 - La disparition du Visiteur

Plans 472 - 474. 1h. 17' 39'' - 1h. 18' 04'' : L'Enfant est dans sa cachette, il regarde à travers l'oeilleton, il voit sa Mère dormir (plan 473). Le lendemain, la Mère est dans la cuisine, elle prépare le petit déjeuner. Tout à coup, elle entend du bruit dans le couloir.

Photogramme 101 - Plan 476. 1h. 18' 17'' : La Mère sort précipitamment dans le couloir, espérant revoir le Visiteur, mais, elle constate, avec tristesse, que c'est l'Enfant qui descend les escaliers.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 101.

Photogramme 102 - Plan 480. 1h. 18' 31'' : Le soir, la Mère ignore la mort du Visiteur, l'Enfant ne lui a pas dit la vérité (on peut donc supposer que le secret du puits était seulement connu par l'Enfant et son Père). Elle suspend à l'extérieur la lampe à pétrole.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 102.

Plan 481. 1h. 19'' 06'' : Gros plan sur la manivelle du puits de la maison avec la chaîne.

Photogramme 103 - Plan 482. 1h. 19' 06'' : Plan d'ensemble de l'enclos sous la neige. Soudain, la barrière tombe dans un silence mortuaire.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 103.

Photogramme 104 - Plan 483. 1h. 19' 14'' : La Mère est profondément triste, elle réalise au fur et à mesure, que le Visiteur est «parti» et qu'elle ne le verra plus.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 104.

Photogramme 105 - Plan 484. 1h. 19' 45'' : Plan générale de la scène, la Mère, l'Enfant et au premier plan la lampe à pétrole éteinte.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 105.

Plans 485 - 487a. 1h. 19' 59'' - 1h. 20' 33'' : L'Enfant épluche des patates (plan 485). La Mère est assise dehors, sous la neige, elle attend en vain le Visiteur (plan 486). La Mère dort dans son lit (plan 487a).

Photogramme 106 - Plan 487b. 1h. 21' 04'' : L'Enfant passe près de la table de la cuisine, attiré par la disposition des cartes de jeu du Visisteur (qu'il n'a donc pas pris avec lui). Les cartes sont disposées en croix. Est-ce le tirage en croix ? Une méthode de divination. Est-ce que le Visiteur a tiré les cartes avant d'entreprendre son geste ?

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 106.

Plans 488 - 489. 1h. 21' 09'' - 1h. 21' 21'' : L'Enfant dort dans sa cachette, il est réveillé par les pas (de sa Mère ) qui font tomber à travers les fentes du plancher de la poussière.

Photogramme 107 - Plan 497. 1h. 21' 55'' : Dans la cour, l'Enfant casse avec une hache, une roue bleue du vieux chariot, celui sur lequel il a transporté, avec sa mère, le Visiteur pour le soigner.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 107.

Plans 502a - 502b. 1h. 22' 18'' - 1h. 22' 22'' : Sur le chemin du retour, un bout de bois tombe, en arrière plan, une poule surgit du poulailler.

Plans 503a - 506. 1h. 22' 31'' - 1h. 23' 24'' : L'Enfant entre dans la maison, la Mère, mélancolique, est assise sur le porche de la maison (plan 503a). Elle a le regard fixe, vers le poulailler, en face, (vers la poule ?) (plan 503b). L'Enfant allume un feu dans le poêle de la cuisine, avec les bouts de bois du chariot (plan 504). Il sort de la cuisine (plan 505). La Mère n'est plus assise au même endroit. Il est surpris de voir la canne abandonnée (plan 506a). Dans le poulailler des plumes volent (plan 506b). L'Enfant se dirige vers le poulailler (plan 507).

Photogramme 108 - Plan 508. 1h. 23' 31'' : Un spectacle horrible lui est offert à voir : la Mère a tranchée avec une hache (celle que l'Enfant utilisera pour le chariot), la têtes des poules. Elle est assise au milieu du carnage, les mains et les habits ensanglantés, la tête baissée.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 108.

Plan 512. 1h. 23' 39'' : Gros plan des bouts de la roue du chariot qui brûlent.

Photogramme 109 - Plan 513. 1h. 23' 57'' : L'Enfant avec hésitation, lave sa Mère qui est inerte, sa peau a une allure cadavérique. Des taches de sang entourent son cou.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 109.

Plan 514. 1h. 24' 03'' : Il se rend à la cuisine pour chercher de l'eau chaude (celle qui a été chauffée par les bouts de bois du chariot).

Photogramme 110 - Plan 515. 1h. 24' 07'' : A son retour, la baignoire était vide, sa Mère a disparu une seconde fois. Il s'approche de la baignoire, la Mère avait plongé au fond afin de se noyer (comme si elle voulait rejoindre la Visiteur au fond du puits). L'Enfant, cette fois ci sans hésitation, plonge les mains dans l'eau pour dégager la tête de sa Mère hors de l'eau (plan 516).

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 110.

Plans 517 - 518b. 1h. 24' 35'' - 1h. 25' 43'' : Après ses deux avertissements (les scènes du poulailler et de la baignoire), l'Enfant a compris, qu'il ne pourrait pas laisser sa Mère seule. Il fait dormir sa Mère dans son lit, et il s'assied près d'elle.
Durant sa surveillance, il déchire un drap sur toute sa largeur, en faisant des bandes larges de quelques centimètres (plan 518b).

Photogramme 111 - Plan 518c. 1h. 25' 47'' : En fait, les bandes que l'Enfant déchirait, il les entortillaient en faisant des longues nattes, pour en faire une corde (puisque l'ancienne corde, est désormais au fond du puits. - comme l'a fait Fontaine pour s'échapper de prison.- Cf. Corde).

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 111.

Plan 519. 1h. 25' 53'' : L'Enfant se dirige vers le vieux puits, le sac à dos du Visiteur est posé au même endroit mais avec de la neige dessus.

Photogramme 112 - Plan 520. 1h. 25' 55'' : L'Enfant s'approche du puits, mais cette fois ci, la corde fabriquée est à travers l'épaule, et non plus, enroulée autour de la taille. Vraisemblablement, la Mère ignorait le secret de l'Enfant et du Père, c'est peut-être pour cette raison qu'il cachait la corde autour de la taille.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 112.

Plans 521 - 522. 1h. 26' 33'' - 1h. 26' 40'' : L'Enfant est hésitant, il s'approche très doucement de la « bouche » du puits, évitant de se mettre directement à la verticale. En fait, nous obtenons de la sorte, une réplique du premier plan du film, mais cette fois ci, l'enfant ne plonge pas la tête dans l'eau. Il entend un bruit « tellurique » provenant du puits qui va se manifester d'une manière bruyante.

Photogramme 113 - Plan 523. 1h. 26' 42'' : En entendant ce bruit inquiétant, l'Enfant se jette au sol, car une nuée de corbeaux sortent du puits, comme si le puits « crachait » des corbeaux, si l'on ose dire. L'Enfant est effrayé.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 113.

Plans 531 - 532. 1h. 27' 13'' - 1h. 27' 30'' : Retour à la maison. L'Enfant veille sur sa Mère en dormant sur une chaise. Sur la table de la cuisine, il y a une boîte et les cartes de jeu du Visiteur.

Photogramme 114 - Plan 532. 1h. 27' 33'' : Plan anachronique car l'Enfant sur sa chaise en regardant à droite, il est à côté de la table de la cuisine, sur laquelle est posée le petit coffre avec le couvercle ouvert, et le jeu de carte du Visiteur, comme nous l'avons vu au plan 487b.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 114.

*

V - 15 - Troisième visite à son Père

Plans 533 - 541. 1h. 27' 43'' - 1h. 29' 34'' : Le Père attendait l'Enfant, ce dernier pose le petit coffre (plan 537). Avant d'ouvrir le petit coffre, le Père pose des questions à l'Enfant :
- Le Père : « Cet homme est parti ? »
- L'Enfant hoche la tête en acquiesçant. (Sourire du Père).
Il veut prendre le petit coffre. Mais au dernier moment, il demande à voir les mains de l'Enfant : « Donne-moi tes mains. »

Photogramme 115 - Plan 548. 1h. 30' 01'' : Le Père saisit fermement les deux mains de l'Enfant. On distingue nettement des ampoules.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 115.

Photogramme 116 - Plan 552. 1h. 30' 38'' : Il ouvre le petit coffre, et le renverse sur le banc, l'Enfant a remplacé l'objet mystérieux par la tête d'une poule que la Mère a tranchée.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 116.

Plans 553 - 576. 1h. 30' 42'' - 1h. 31' 55'' : La réaction du Père est immédiate : « Qu'est-ce que tu as fait ? », il répète la phrase deux fois. Il saisit l'Enfant et commence à le frapper d'une façon terrible. L'Enfant était incapable de s'échapper du Père, étant allongé sur le banc, et les sabots qui glissaient sur la surface du banc. Heureusement plusieurs gardiens interviennent et sauve l'Enfant.

Photogramme 117 - Plan 577. 1h. 31' 57'' : L'Enfant pousse alors un cri fort.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 117.

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V - 16 - L'Enfant retrouve son cheval

Plans 578 - 580. 1h. 31' 59'' - 1h. 32' 33'' : L'Enfant retourne chez lui, il est nerveux, il trébuche dans la forêt et tombe. Il entre dans la maison.

Photogramme 118 - Plan 581. 1h. 32' 41'' : Il traverse la cuisine, il trouve trois corbeaux qui vraisemblablement picoraient des graines sur la table.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 118.

Plans 582 - 584. 1h. 32' 43'' - 1h. 33' 09'' : L'Enfant poursuit son chemin, et se dirige vers la chambre de sa Mère. Elle dormait (plan 582). Il s'approche d'elle, et veut lui ouvrir la main.

Photogramme 119 - Plan 585. 1h. 33' 27'' : L'Enfant ouvre délicatement la main de sa Mère et pose sa joue dans sa main.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 119.

Photogramme 120 - Plan 586. 1h. 34' 06'' : Le lendemain. Gros plan de la main de l'Enfant, accompagné d'un zoom arrière qui montre l'Enfant qui dort seul.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 120.

Plan 587. 1h. 34' 43'' : L'Enfant se lève du lit, se rend à la cuisine, et à travers la fenêtre de la cuisine il aperçoit une forme familière.

Photogramme 121 - Plan 588. 1h. 35' 07'' : En surimpression, nous distinguons le cheval de l'Enfant qui broute paisiblement de l'herbe dans les champs.

 Valkeapää Jukka-Pekka, Le Visiteur (Muukalainen),  Photogramme 121.

Plan 589. 1h. 36' 23'' : Ecran noir. Fin du film.

* * *

VI - Conclusion

VI - I - La forme du film

VI - I - 1. Le Visiteur : « un film-coffre »

Nous avons vu ailleurs, qu'il y a des variations dans la forme générale d'un film. Habituellement, les films sont des « films-flèches » (une suite linéaire avec un début, un milieu et une fin). Cependant, il y a des exceptions, comme par exemple, « le film-éventail » , (Mathilde, Mimica Nina), ou alors, « le film-cloche » , (Andreï Roublev d'Andreï Tarkovski), et, il nous semble qu'avec Le Visiteur, nous avons affaire à un « film-coffre ».

En effet, au fur et à mesure de nos commentaires, nous avons souvent parlé des innovations du film (les barrages, le cadrage et la bande-son). En fait, ces innovations participent à l'émergence d'une qualité qui résume la forme générale du film : Le Visiteur est un « film-coffre ».

Cette forme-coffre, consolide les voeux du réalisateur : 1. Le film conte ; 2. Inspiration d'une peinture-image d'Andrew Wyeth, Christina's World.

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VI - I - 1. 1.Description d'un coffre

En principe, un coffre est un ouvrage fabriqué à partir de différents matériaux (bois, métal, céramique). Dans le film, c'est un coffre en fer, cette matière s'associe avec la cellule de prison où se trouve « coffrer » le Père.

Un coffre peut avoir plusieurs formes. Dans le film, il a une forme traditionnelle, en miniature : « c'est un meuble en forme de caisse ». (Dictionnaire Hachette) muni d'un couvercle mobile, attaché sur un côté à la caisse.

Un coffre sert à ranger des objets précieux, des souvenirs, des images, des objets auxquels on tient. Le mot dérive du grec « kophinos » (corbeille), latinisé en « cophinus ».

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VI - I - 1. 2. Double-coffre : Double-emploi : Double-vision

Dans Le Visiteur, l'objet coffre a un double-empoi :
1. Il sert à déposer un objet mystérieux ;
2. Il sert à passer illicitement « l'objet mystérieux » à l'intérieur du coffre, grâce à un dispositif simple.

Il nous semble que cette dernière caractéristique, participe également dans la construction filmique, dans le sens que le film s'articule sur deux registres :
1. Un registre connu (le tabac) ;
2. Un registre inconnue (l'objet mystérieux).

 Les deux registres du coffre dans le film « Le Visiteur » (Muukalainen).
Schéma du coffre,
« Le Visiteur » (Muukalainen).

Cette qualité du double est largement distribuée tout au long du film. A commencer par les deux mondes : le monde du Père (la prison) et de la Mère (la maison), les deux « Pères » (le Père et le Visiteur - ce qui implique un double complexe d'Œdipe), les deux étages de la maison, les deux édifices (la maison et l'étable), les deux puits (le puits de la maison et le puits en ruines), les deux types de cordages (l'une traditionnelle, la seconde fabriquée), les deux handicaps (la Mère qui boîte, l'Enfant qui est muet), la forêt divisée en deux (par la rivière), les deux manivelles (celle du puits et du phonographe).

VI - I - 2. Le Visiteur : « un film poético-hypnotique »

Pour son premier film, Valkeapäa maîtrise avec une perfection étonnante, l'ensemble complexe de la composition filmique : cadrage, montage, lumière et son.

Le résultat est un film, avec un effet « poético-hypnotique » bouleversant, qui transporte le spectateur attentif vers des horizons insoupçonnables et indéterminés.

VI - I - 2. 1. Au niveau de la bande-image

Cet effet est obtenue par plusieurs dispositifs, et dès le premier plan du film, l'Enfant plonge la tête dans l'eau, comme une invitation à plonger à notre tour dans le film. Nous devenons des « visiteurs ».

Ensuite, quand l'Enfant arrive chez lui ( plan 12). La forêt devient une espèce de « forêt primoridale », comme si, c'est la forêt qui est la Mère de l'Enfant : est-ce la mère-nature que le réalisateur veut mettre en valeur ? C'est peut-être pour cette raison que l'Enfant enlève ces chaussures dès qu'il arrive à la lisière de la forêt, pour ne pas, peut-être souiller la « mère-nature ».

Les autres dispositifs qui participent à l'émergence de l'effet poético-hypnotique » sont le procédé des barrages accumulés et la cadrge de l'Enfant, souvent vu de dos.

VI - I - 2. 2. Au niveau de la bande-son

Le véritable art de Valkeapäa c'est d'attribuer à la bande-son une place primordiale, qui se manifeste par la musique sensible de Tulve Helena.

L'adage, « si la parole est d'argent, le silence est d'or », convient parfaitement au film. Le fait d'attendre très exactement, la 17ème minutes (plan 68), pour entendre la première phrase prononcée par la Mère : « Il va habiter un moment », est surprenante. Et on peut le dire, c'est un pari gagné de la part du réalisateur, car, nous pensons que c'est un « risque » de laisser un temps de silence si important. Et, il a vu juste, qu'en l'absence des paroles, l'image nous aspire (pour nous inspirer), et donc nous sommes hypnotisé par l'image.

De plus, ce premier temps de silence de 17 minutes, sera suivi par un second temps, aussi long que le premier, à la 32ème minutes (plan 165) : premier dialogue (monologue) du Père à l'Enfant : « Vous avez eu une visite. ». Enfin, c'est à la 35ème minute que nous entendons le premier mot du Visiteur : « Attends » (plan 186b).

Il nous semble que de la sorte, les longs temps de silence, augmentent et gonflent les qualités de la bande-image (tout en attribuant d'autres qualités à la bande-son). En effet, un mot, une phrase prononcée ont la faculté de réduire le monde environnant à une situation ponctuelle et de préciser une description de l'image.

(30 décembre 2011)

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Voie Lactée (La) (film de Luis Buñuel)

Voir les liens spécifiques du film :

L'homme à la cape - Foudre sur l'arbre - Chapeau aumône (24' 09") - Crachat de la Vierge Marie - Crachat de Jean - Le diable et la fleur de lotus - Le diable qui piétine la médaille de Saint-Christophe - [âne ]* - [la bougie dans le boisseau ]* - Crachat de Jésus sur un aveugle.
(*) : [Les plans entre crochets ne sont pas inclus dans le Dictionnaire.]

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Vue

Voir : Auspices - "Sous-vu" (dans le sens d'un sous-entendu) - Yeux

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I - Titres des films

Titre Titre original Réalisation Scénario Année Pays Durée
Chambre avec Vue A Room with a View Ivory James Forster E.M., Jhabvala R.P. 1986 Angleterre 116'
Double Vue Affraid of the Dark Peploe Mark Peploe M., Seidel F. 1992 Angleterre, France 91'

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